Hildegarde de Bingen
Version imprimable

Hildegarde de Bingen Docteure de l’Église

Le 7 octobre 2012, Benoît XVI faisait de sainte Hildegarde de Bingen, une « docteure de l’Église ». Il s’agit d’une religieuse allemande célèbre au Moyen Âge pour ses connaissances et sa sainteté. Mais qu’est-ce qu’un docteur de l’Église et pourquoi la proposer aujourd’hui comme modèle et source d’inspiration?

Un nom mais surtout un lieu

Hildegarde de BingenBingen, c’est le nom d’une charmante ville allemande située sur les rives du Rhin dans un paysage de vignobles et de forêts mystérieuses. Depuis plusieurs siècles, elle attire les écrivains, les peintres et les compositeurs, car à quelques kilomètres se trouve le monastère de Rupertsberg.

Sa fondatrice, la mystique Hildegarde a rendu universellement célèbre le nom de Bingen auquel elle est désormais associée. Et voilà que son compatriote, le pape Benoît XVI vient de rehausser son prestige en lui conférant le titre de docteure.

Il n’y a que quatre femmes qui ont été gratifiées du titre de « docteure de l’Église » et encore la chose est toute récente. Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne l’ont été en 1970 par le pape Paul VI, puis Thérèse de l’Enfant Jésus, en 1997, par le pape Jean-Paul II. Enfin, Hildegarde de Bingen la toute dernière, a reçu son « diplôme » le 7 octobre 2012.

Docteur de l’Église

De quoi s’agit-il ?

Un docteur est un baptisé – homme ou femme – dont l’Église reconnaît l’autorité exceptionnelle dans le domaine de la théologie. Sa doctrine est dite « éminente » par les spécialistes.

La profondeur de leur foi, alliée à la sûreté de leur pensée et à la sainteté de leur vie auront donné à leurs écrits ou à leur enseignement un poids et une influence durable et remarquable dans le développement de la doctrine chrétienne.

Hildegarde est maintenant reconnue être de ceux-là.

Hildegarde la «visionnaire»

Mais qui est cette Hildegarde de Bingen au nom un peu suranné? Surnommée la « visionnaire », Hildegarde fut parmi les premières, sinon la première femme libre et indépendante du Moyen Âge allemand. Elle illumine de son génie une époque difficile et obscure. Née le 16 septembre de l’an 1098, dixième enfant d’une famille noble très croyante, elle fut consacrée à la religion dès son jeune âge.

À huit ans, sa famille la confie à un couvent de bénédictines pour son instruction. Elle y reste et prononce ses vœux perpétuels vers l’âge de quatorze ou quinze ans. En l’an 1136, à l’âge de 38 ans, Hildegarde est élue abbesse de son monastère.  Elle fonde alors l’abbaye de Rupertsberg, voisine de la ville de Bingen.

Célèbre touche-à-tout

Écriture, musique et alimentationC’est à cette époque que commence son intense activité à la fois littéraire, théologique, musicale, médicale et scientifique. Elle entreprend de consigner par écrit les visions qu’elle a depuis l’enfance laissant à sa génération un riche trésor d’écrits spirituels.

À l’occasion d’un synode, le pape d’alors, Eugène III, en reconnaît la valeur et l’authenticité tout en encourageant son auteur à poursuivre sa carrière d’écrivaine. Son nom fait le tour de l’Europe et elle entretient une correspondance très active avec les grands de ce monde, papes et empereurs.

En plus d’écrire, Hildegarde compose plus de soixante-dix chants, hymnes et séquences, dont certains ont encore fait récemment l’objet d’enregistrements. Elle a aussi écrit un drame liturgique comportant pas moins de quatre-vingt-deux mélodies.

Si de plus, elle est connue dans le domaine linguistique pour avoir élaboré une langue écrite et parlée par elle seule, ses travaux dans le domaine de la médecine et ses recherches thérapeutiques ont fait école, faisant d’elle une femme exceptionnelle.

Femme d’originalité et d’audace

Morte le 17 septembre 1179, Hildegarde fut parmi les premières  saintes pour lesquelles une procédure officielle de canonisation fut appliquée. Mais comme celle-ci est longue et compliquée et qu’elle traîna en longueur, Hildegarde resta longtemps « bienheureuse ».

En fait, c’est la ferveur populaire qui très tôt l’avait qualifiée de « sainte », si bien qu’à la fin du XVIe siècle, sa réputation fit que, sans autre formalité, son nom fut enfin inscrit au canon romain avec le titre de sainte.

Dans la visée d’une évangélisation qu’on voudrait nouvelle, la figure d’Hildegarde de Bingen, maintenant docteure de l’Église, invite à l’originalité, à la créativité et à l’audace.