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Catéchètes au service de la vie


26 juillet 2003

Catéchètes au service de la vie, c’est prendre le risque de s’asseoir à la table du partage et de la rencontre.

Introduction

TélévisionLes téléromans influencent-ils notre vie? Toutes les chaînes offrent, sur un plateau d’argent, noms, visages et épisodes qui alimenteront notre imaginaire pour plusieurs mois.

Curé de campagne, jadis, j’avais vite compris qu’une prédication qui n’irait pas puiser à même la réalité des téléromans s’éloignerait d’une source majeure de notre imaginaire populaire. Plutôt que de décrier cet étalage hétéroclite d’épisodes de vie, pourquoi ne pas les prolonger, sous un autre angle, un peu à la manière de Jeannette?

La table du partage

Vous connaissez Jeannette? Jeannette Bertrand de son identité complète. Non seulement elle fut une auteure prolifique de téléromans populaires, mais elle a aussi été la première à oser en exposer leur contenu dans le cadre d’une émission axée sur la discussion entre gens ordinaires. Jeannette laissait la parole. Qui plus est, elle libérait le récit en permettant à ses invités de se situer par rapport aux diverses réalités évoquées.

Une simple mosaïque de récits? Bien plus! La table de Jeannette (l’émission se déroulait au cours d’un repas) ouvrait des brèches dans les blocs de convictions trop sûres d’elles-mêmes. Questionnement et confirmations tournaient lentement la page et ouvraient des espaces nouveaux.

Repas-partageNous avons tous un tel besoin de nous dire, de nous situer dans le monde à partir de ce que le présent nous fait vivre. Pas étonnant dès lors que nos conversations soient souvent entrecoupées de « moi, je pense que. ». Ce besoin existentiel de dire, de se raconter, est un point de départ dont l’éducateur de la foi ne saurait faire l’économie.

À l’instar de la dynamique de notre Jeannette nationale, dégageons des éléments essentiels de tout acte catéchétique qui se veut un réel accompagnement… cette fois-ci dans l’univers de la foi. Quatre temps sont nécessaires : libérer le récit, situer le récit, refaire naître le désir de l’histoire et devenir des créateurs de paraboles.

Libérer le récit

L’acte catéchétique doit, au départ, être conscient que les hommes et les femmes de ce monde sont porteurs du sens de la vie. Ils sont tous et toutes en recherche de bonheur. La foi en Jésus Christ n’est pas leur premier pas sur la voie de la vérité.

Voilà pourquoi il faut d’abord libérer le récit des personnes, leur donner la parole, leur laisser le soin d’exprimer, en leurs mots, le secret des saisons de leur vie. N’est-ce pas Jésus, sur la route d’Emmaüs, qui interpelle les disciples, « de quoi discutiez-vous en chemin? ».

L’acte catéchétique doit s’appuyer, a priori, sur le récit humain et spirituel des personnes en leur donnant la parole.

Situer le récit

« Dis-moi l’endroit où tu as les pieds et je comprendrai un peu mieux ce que tu désires me partager ». L’acte catéchétique ne fait pas que libérer la parole, il ouvre un grand espace de rencontre. Ce faisant, il cultive l’attitude de l’accueil de l’autre, de ce qu’il porte, de sa part de vérité. Et cela, au profit d’une écoute réelle donnant droit de cité à la différence.

Nous voilà alors sur la route de la communion, celle qui définit l’espace catéchétique vital : la communauté chrétienne. L’acte catéchétique introduit au besoin de l’autre; il situe le récit de tout un chacun en recherche de communion, au cours d’un échange, d’une confrontation d’expériences, de perspectives desquels émerge la vérité.

Inscrire le récit dans l’histoire

Une des dominantes de notre société correspond à ce que Jacques Grand-Maison appelle « la remise continuelle du compteur à zéro ». Refaire le monde à chaque coup de roue comme si la sagesse du temps n’avait plus rien de signifiant à nous dire. Pas étonnant alors que toute référence à la tradition (et aux traditions) se révèle suspecte au départ.

L’acte catéchétique élargit l’aventure humaine et spirituelle en la décloisonnant de son présent. L’acte catéchétique fait renaître le désir de s’inscrire dans une histoire qui, en aval comme en amont, indique une destinée. Il en va de l’intégration de la personne humaine dans la marche d’un peuple qui cherche et rencontre Dieu depuis des siècles. Il en va d’un récit de vie resitué dans une histoire sacrée.

Créer la parabole

Il faut réapprendre à raconter Dieu! Notre monde a tout rétréci à l’utile et au nécessaire. Peu de place pour la poésie et le langage symbolique alors qu’ils sont les vaisseaux par lesquels les grands courants de la vie transmettent leur sagesse et leur vérité.

Notre monde est devenu pauvre de son réalisme cru et presbyte. Nous avons besoin de grands récits qui disent la vie et la foi en ses origines, son parcours et sa destinée.

SymboleLe langage symbolique de la parabole rend accessibles ces récits à notre humanité en mal de reconnaissance. Ainsi, l’acte catéchétique suscite la nouvelle parole d’un récit de vie devenu témoignage.

Jeannette avait raison! Chaque prise de parole libère le récit de vie de ses blocages d’horizon. La vie est appelée à se poursuivre. Catéchètes au service de la vie, c’est prendre le risque de s’asseoir à la table du partage, de la rencontre, celle d’une appartenance redécouverte et de la libération. Jeannette avait raison!

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