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Un livre à lire et à faire lire

Denis Moreau, philosophe et professeur à l’université d’état de Nantes, a publié un livre décapant dans lequel, comme pour répondre à l’invitation de l’apôtre Pierre : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous; mais faites-le avec douceur et respect. » (1 P 3,15-16)
Mais il fait plus. Ne refusant aucune question, il aborde avec franchise les grands débats de l’heure. Du coup, par ses réponses il réhabilite l’option chrétienne comme vision du monde, car comme il le dit lui-même, avec le ton qui le caractérise : « On peut être catholique sans être stupide. »

Denis Moreau, Comment peut-on être catholique?  Seuil, 2018, 256 p.

Comment peut-on être catholique?Ça ne va pas fort chez les cathos

Ce n’est un secret pour personne, dans les pays de vieille chrétienté le catholicisme est en chute libre. Le constat soulève deux questions. S’agit-il d’une disparition programmée ou se retrouve-t-on devant une métamorphose du catholicisme qui serait désormais à comprendre comme minorité ou même une contre-culture?

Pourquoi s’en étonner, affirme l’auteur en amorçant sa réflexion. Être catholique aujourd’hui n’a-t-il pas quelque chose de bizarre et de suranné? Il suffit de penser au Credo tel que récité pieusement tous les dimanches. Pour plusieurs c’est une insulte au bon sens…

Rendre compte de sa foi

Il y a à peine quelques années, fait remarquer Denis Moreau, dans les milieux catholiques un athée devait se justifier. Aujourd’hui c’est l’inverse, le croyant a la charge de la justification.

Habitué à le faire ne serait-ce que dans son milieu de travail essentiellement laïc, il a choisi d’écrire ce livre pour ceux qui se demandent comment être catholique aujourd’hui, pour ceux qui hésitent et qui doutent, pour ceux qui désirent approfondir leur foi et en discuter.

Deux options : la vérité et la joie

L’auteur a choisi de jouer la carte de la vérité. Il le fait sur un ton décapant tout en refusant la tristesse. Il y a quelque chose de jubilatoire dans son livre. Tout en abordant des questions graves qui suscitent des débats de société comme l’avortement et l’aide à mourir, ou encore le très théologique volet des deux natures du Christ, le ton demeure le même.

D’ailleurs la clé qu’il propose est toute simple : Soyez joyeux et arrêtez de grogner.

Il fait siens plusieurs reproches de Nietzsche adressés aux catholiques comme celui de se contenter de critiquer au lieu d’affirmer ou encore cette remarque assassine : Pour croire en leur Sauveur, il faudrait qu’ils aient l’air sauvés.

Parce que …

Le livre de Denis Moreau est parsemé de : Parce que …

Ils se veulent une réponse à la question posée en première de couverture : Comment peut-on être catholique?  C’est-à-dire comment en arrive-ton à être encore catholique aujourd’hui? Pourquoi aller chercher là des réponses qui n’ont plus cours avec les données modernes des sciences?

Et c’est ainsi que l’on suit l’auteur dans sa démarche qui devient si facilement la nôtre. S’il est catholique et croyant aujourd’hui, développe-t-il avec subtilité, c’est … :

  • … parce que je ne suis pas superman
  • … parce que je suis tombé dedans quand j’étais petit
  • … parce que je suis philosophe
  • … parce que je ne suis pas aussi bête que vous le pensez
  • … parce qu’il y a quelques bonnes raisons de croire en l’existence de Dieu
  • … parce que Jésus-Christ
  • … parce que je n’ai pas envie que ce soit la mort qui gagne à la fin
  • … parce que j’aime m’envoyer en l’air
  • … parce que je suis somatophile (ce qu’il explique fort bien)
  • … parce que l’Église
  • … parce que j’aime et n’aime pas qu’on me fasse la morale
  • … parce que j’aime bien les catholiques de gauche
  • … parce que je préfère m’investir dans quelque chose qui a de l’avenir
  • … parce que je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire de mieux

Ces quelques parce que donnent déjà une idée du contenu. Ils structurent tout le livre qui ouvre le lecteur à la théologie, aux Écritures, à l’histoire, mais aussi aux grandes questions morales et éthiques. Ce seul aspect abordé avec un tel à propos justifie déjà la lecture du livre de Denis Moreau.

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