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Aimer ses ennemis


26 février 2022

Lors d’un conflit qu’il soit personnel, politique ou militaire, il arrive que d’étranges paroles résonnent aux oreilles du chrétien : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent! Mais comment une telle démesure peut-elle faire sens?

Des propos qui déconcertent

Si Jésus a souvent déconcerté ses auditeurs, son discours sur l’amour des ennemis qu’on peut lire en Luc (Lc 6:27-35) et en Matthieu (Mt 5: 38-48) n’a tout de même rien d’évident.

Et comme si d’aimer ses ennemis ne suffisait pas, il en rajoute avec comme une pointe d’humour : À celui qui frappe sur une joue, présente l’autre. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique…

On peut toujours s’en tirer par un beau discours sur l’amour d’ennemis potentiels, mais c’est plus ardu et risqué quand l’ennemi a un nom précis et prend un visage ou une situation bien concrète.

Et pourtant c’est de ce côté qu’il faut regarder

Mais pourquoi ce discours excessif? Jésus ne va-t-il pas trop loin? Aimer ses ennemis!

Barbelés et horizon par Ehmitrich (unsplash.com)Entendue sur la colline parlementaire à Ottawa face à des manifestants agressifs, à Kiev devant des chars d’assaut et sous les bombes ou au nord du Burkina Faso alors que des troupes islamiques venues du Sahel ou du Mali tuent et sèment la terreur, la consigne de Jésus a d’autres harmoniques qu’elle n’en a dans le calme d’un rassemblement liturgique.

Ne serait-ce pas comme une invitation à pardonner l’impardonnable? Pourtant c’est de ce côté qu’il faut regarder, sinon c’est la folie meurtrière, c’est la violence insensée qui se perpétue et toujours sur le dos des petits et tout en faisant le jeu et le profit des grands.

Grands et petits « ennemis »

Certes il y a des antagonismes séculaires qui engendrent et entretiennent d’interminables conflits si lucratifs aux nations spécialisées dans la fabrication d’armes.

Il y a aussi ce qu’on pourrait appeler les « ennemis officiels ». On peut toujours apprendre à les respecter, même à les « aimer » avec noblesse, surtout s’ils sont à bonne distance.

Mais il y a aussi ces ennemis plus modestes, plus petits, qui sont tout proches, ceux qui nous tombent sur les nerfs ou sur le cœur.

Pour autant la consigne de Jésus demeure tout aussi déconcertante. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Et comme les pécheurs j’ai un faible pour ceux qui m’aiment…

Ce n’est pas humain

Soleil et crupuscule par Jakob Owens (unsplash.com)Tout de même, aimer ses ennemis ce n’est pas naturel. Ce n’est pas humain! Ce n’est pas humain tout simplement, parce que c’est évangélique et pour arriver à comprendre les paroles de Jésus, le regard ne peut que se tourner vers le Dieu de notre foi, ce Dieu lent à colère et prompt à pardonner.

David se serait sûrement vengé de Saül, s’il n’avait longuement regardé le cœur miséricordieux de Dieu et il était bien placé pour le faire (1 Sam 26).

En fait c’est à cela que nous sommes invités : avoir une manière différente de voir les personnes et les événements. L’évangile nous convie à casser cette sorte de relation binaire où tout se joue en termes d’opposition, car un troisième partenaire est ici en présence, le Christ.

Un appel toujours à réentendre

Par l’entretien déconcertant que Jésus a avec ses disciples, il est à leur montrer comment briser la chaîne de la violence. À travers eux il s’adresse à toutes ces personnes qui allaient prendre le relais et nous savons qu’à travers les âges il s’en est trouvé pour entendre son appel.

Pensons par exemple à la fille d’Aldo Moro, le premier ministre italien assassiné en 1978 par les Brigades Rouges.

Après avoir pardonné publiquement aux meurtriers de son père elle a déclaré : Pardonner pour un chrétien est davantage une nécessité qu’une obligation. Il me semble que Jésus aurait signé sans hésiter une telle déclaration.

Mais c’est si difficile

Après avoir dit cela, je me sens si petit et bien fragile. Je sais bien que Jésus a raison, que l’Évangile a raison. Je sais bien la nécessité du pardon, mais c’est si difficile que c’en est même décourageant. Toutefois la première lettre aux Corinthiens, offre une piste donnant d’espérer.

Espérer avec saint Paul

À travers son développement sur le Christ comme dernier Adam, Paul rappelle que nous sommes faits d’argile, mais une argile appelée à un devenir.

Colombe, signe de paix par Tamara Menzi (unsplash.com)Ce qui vient d’abord ce n’est pas le spirituel, mais le physique; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre; le deuxième homme lui vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes. Comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile de même, nous serons à l’image de celui qui vient du ciel (1 Cor 15,46-49).

Et c’est bien ce qui donne d’espérer.

Au-delà de l’humble matière qui nous façonne, au-delà de nos misères, au-delà de nos limites, au-delà nos fragilités – celles des pécheurs que nous sommes plus enclins à aimer ceux qui nous aiment – il y a une promesse : Nous serons à l’image de celui qui s’est fait toute miséricorde.

Seigneur, fais que vienne enfin ce jour!

Mais entre temps…

Oui vienne ce jour, mais entre temps il nous faut vivre avec le conflit russo-ukrainien dont la population civile paie les frais.

Dieu de force et de miséricorde,
accorde-nous qu’à jamais soit vaincue la frénésie de la guerre!


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