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Pour en faciliter la compréhension


12 septembre 2016

Quelques clés de lecture pour faciliter la compréhension des Évangiles : après la résurrection, des catéchèses, nés de communautés distinctes, plusieurs récits, idée maîtresse, genres littéraires, vérité versus historicité, paroles de vie.

Le texte qui suit est inspiré de l’ouvrage d’Étienne Charpentier, Pour lire le Nouveau Testament, Cerf, Paris, 1981.

Après la résurrection

Les Évangiles ont été rédigés après la résurrection de Jésus.

Lever de soleilQuelques années après la mort-résurrection de Jésus, ses disciples commencent à écrire ce qu’ils ont compris du mystère de Jésus à la lumière de la Résurrection.

« Sur le visage de Jésus de Nazareth dont ils ont gardé le souvenir, les disciples superposent les traits du Ressuscité tels qu’ils ont commencé à les découvrir après Pâques » (É. Charpentier, op.cit. p. 19).

Un exemple nous est fourni par le récit de la guérison des 2 aveugles (Mt 20,29-34) : ceux-ci, à 2 reprises, appellent Jésus Fils de David, c’est-à-dire Messie (Mt 20,30-31), puis lui donnent le titre de Seigneur, habituellement réservé à Dieu (Mt 20,33). C’est l’événement de la Résurrection qui pousse Matthieu à mettre ces titres dans la bouche de juifs qui, à l’origine, n’ont vraisemblablement pas utilisé ces mots.

Texte biblique

Mt 20,29-34

20:29 Comme ils sortaient de Jéricho, une grande foule le suivit.
20:30 Et voici que deux aveugles, assis au bord du chemin, apprenant que c’était Jésus qui passait, se mirent à crier: « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous! »
20:31 La foule les rabrouait pour qu’ils se taisent. Mais ils crièrent encore plus fort: « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous! »
20:32 Jésus s’arrêta, les appela et leur dit: « Que voulez-vous que je fasse pour vous? »
20:33 Ils lui disent: « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent! »
20:34 Pris de pitié, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt ils retrouvèrent la vue. Et ils le suivirent.

Des catéchèses

Les Évangiles ne sont pas des biographies de Jésus, ils sont d’abord des catéchèses.

Rembrandt - Le repas d'Emmaüs
Rembrandt – Le repas d’Emmaüs
Musée du Louvre, Paris

Un reportage sur Jésus le représenterait de l’extérieur, le témoignage des disciples nous le fait découvrir de l’intérieur. Ils interprètent en montrant ce que Jésus a voulu dire ou enseigner. Ces témoignages catéchétiques laissent toutefois transparaître une solide trame de faits historiques. 

Le récit d’Emmaüs en est un bon exemple : à partir d’une expérience située dans l’histoire, la rencontre entre Jésus ressuscité et deux de ses disciples sur la route d’Emmaüs, Luc écrit un récit catéchétique (Lc 24,13-35), d’une actualité et valeur permanentes, pour répondre à une question fondamentale : « comment le Christ vient à la rencontre de ses disciples de tous les temps? ». Habilement, Luc communique, sous mode de récit, autant le témoignage pascal (Jésus est vivant) qu’une catéchèse sur le thème de la présence du Christ dans la vie de l’Église.

Texte biblique

Lc 24,13-35

24:13 Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village du nom d’Émmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem.
24:14 Ils parlaient entre eux de tous ces événements.
24:15 Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux;
24:16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
24:17 Il leur dit: « Quels sont ces propos que vous échangez en marchant? » Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre.
24:18 L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit: « Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem qui n’ait pas appris ce qui s’y est passé ces jours-ci! » –
24:19 « Quoi donc? » leur dit-il. Ils lui répondirent: « Ce qui concerne Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple:
24:20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié;
24:21 et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés.
24:22 Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés: s’étant rendues de grand matin au tombeau
24:23 et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant.
24:24 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
24:25 Et lui leur dit: « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes!
24:26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire? »
24:27 Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
24:28 Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin.
24:29 Ils le pressèrent en disant: « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. » Et il entra pour rester avec eux.
24:30 Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna.
24:31 Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible.
24:32 Et ils se dirent l’un à l’autre: « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures? »
24:33 A l’instant même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem; ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons,
24:34 qui leur dirent: « C’est bien vrai! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon. »
24:35 Et eux racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.

Nés de communautés distinctes

Les quatre Évangiles sont nés dans des communautés chrétiennes distinctes et reflètent leur expérience de foi respective.

Diverses personnesLes Évangiles parlent de Jésus de Nazareth et de Jésus Christ ressuscité, mais ils parlent tout autant des communautés dans lesquelles ils sont nés. Pour répondre aux questions que la vie concrète leur pose, les disciples se remémorent ensemble les multiples enseignements de Jésus ainsi que son comportement face à Dieu et face aux hommes.

Les quatre Évangélistes ont rassemblé des textes ou documents déjà rédigés et ont donné leur propre témoignage sur Jésus en vue d’éclairer la vie concrète des communautés dans lesquelles ils vivaient.

Marc

L’Évangéliste Marc est un véritable conteur qui écrit vers l’an 70, à Rome, à partir des souvenirs de saint Pierre. Son texte évangélique contient surtout des récits de miracles, ainsi que la passion de Jésus. Le cri de foi du centurion romain, « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15,39), représente bien la foi des premiers chrétiens issus du monde païen romain.

Luc

Luc, catéchète et historien, rédige son Évangile vers 80 à Antioche (en Turquie actuelle) et s’adresse à une communauté de chrétiens issus du paganisme et assez pauvres. Il met l’accent sur l’amour et la tendresse de Dieu pour les pauvres, pour les femmes, pour les pécheurs.

Matthieu

Matthieu écrit en Palestine-Syrie vers l’an 85. Il s’adresse à une communauté formée d’anciens Juifs devenus chrétiens. En conséquence, il va insister sur l’accomplissement des Écritures dans la vie et la mort-résurrection de Jésus.  Son Évangile contient de longs discours du Maître (le discours sur la montagne en Mt 5-7). Sa communauté est persécutée par les Juifs; en conséquence Matthieu insiste sur les controverses de Jésus avec les Pharisiens.

Jean

Jean complète son Évangile vers l’an 100, probablement à Éphèse (en Turquie), pour une communauté qui veut « être dans le monde sans être du monde ».  Jean fait une réflexion spirituelle et profonde sur Jésus Parole de Dieu et Verbe de vie. Pour lui, le disciple est déjà ressuscité avec Jésus, le Vivant présent dans la Communauté.

Plusieurs récits

Les Évangiles contiennent beaucoup de récits.

Femme qui raconte à des enfantsPourquoi tant de récits? C’est qu’au lieu d’exposer une idée de façon abstraite, on raconte une histoire pour livrer un enseignement. Ce fut là la pédagogie de Jésus que les premières communautés chrétiennes ont reprise à leur compte.

Certains récits sont purement fictifs (comme la parabole du bon Samaritain, Lc 10,29-37), d’autres ont une base historique (comme les récits de miracle, telle la guérison du paralytique, Mc 2,1-12).

Textes bibliques

Lc 10,29-37

10:29 Mais lui (un pharisien), voulant montrer sa justice, dit à Jésus: « Et qui est mon prochain? »
10:30 Jésus reprit: « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l’ayant dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
10:31 Il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin; il vit l’homme et passa à bonne distance.
10:32 Un lévite de même arriva en ce lieu; il vit l’homme et passa à bonne distance.
10:33 Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l’homme: il le vit et fut pris de pitié.
10:34 Il s’approcha, banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui.
10:35 Le lendemain, tirant deux pièces d’argent, il les donna à l’aubergiste et lui dit: Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c’est moi qui te le rembourserai quand je repasserai.
10:36 Lequel des trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits? »
10:37 Le légiste répondit: « C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit: « Va et, toi aussi, fais de même. »

Mc 2,1-12

2:1 Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison.
2:2 Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole.
2:3 Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes.
2:4 Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché.
2:5 Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé: « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. »
2:6 Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs:
2:7 « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul? »
2:8 Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit: « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs?
2:9 Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé: Tes péchés sont pardonnés, ou bien de dire: Lève-toi, prends ton brancard et marche?
2:10 Eh bien! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… » – il dit au paralysé:
2:11 « Je te dis: lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. »
2:12 L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant: « Nous n’avons jamais rien vu de pareil! »

Idée maîtresse

Chaque récit évangélique contient une idée maîtresse.

FlècheC’est dans cette idée maîtresse que se trouve l’enseignement de Jésus. Pour les paraboles de Jésus, on parle de leur « pointe ». Il ne faut donc pas s’arrêter aux détails : ceux-ci ne sont là que pour mettre en évidence l’idée principale du passage.

Par exemple, la parabole du gérant malhonnête mais habile (Lc 16,1-8) : Jésus ne fait pas l’apologie de la fraude mais recommande à ses disciples de faire preuve d’ingéniosité et d’adresse dans la construction du Règne. Cet enseignement constitue la pointe de la parabole (Lc 16,8).

Texte biblique

Lc 16,1-8

16:1 Puis Jésus dit à ses disciples: « Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens.
16:2 Il le fit appeler et lui dit: Qu’est-ce que j’entends dire de toi? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.
16:3 Le gérant se dit alors en lui-même: Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance? Bêcher? Je n’en ai pas la force. Mendier? J’en ai honte.
16:4 Je sais ce que je vais faire pour qu’une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m’accueillent chez eux.
16:5 Il fit venir alors un par un les débiteurs de son maître et il dit au premier: Combien dois-tu à mon maître?
16:6 Celui-ci répondit: Cent jarres d’huile. Le gérant lui dit: Voici ton reçu, vite, assieds-toi et écris cinquante.
16:7 Il dit ensuite à un autre: Et toi, combien dois-tu? Celui-ci répondit: Cent sacs de blé. Le gérant lui dit: Voici ton reçu et écris quatre-vingts.
16:8 Et le maître fit l’éloge du gérant trompeur, parce qu’il avait agi avec habileté. En effet, ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière.

Genres littéraires

Les Évangiles sont comme une bibliothèque où l’on retrouve une grande diversité de textes (de genres littéraires).

Feuilletons l’Évangile de Matthieu. On y retrouve notamment des…

  • Bibliothèqueparaboles (le semeur, Mt 13,3-23);
  • allégories (l’histoire des vignerons homicides suivie de celle du festin nuptial, Mt 21,33-22,14);
  • controverses (sur le sabbat, Mt 12,1-8);
  • discussions (sur le jeûne, Mt 8,14-17);
  • discours (le « Sermon sur la montagne », Mt 5,1-7,29);
  • enseignements (sur le pur et l’impur,  Mt 15,10-20);
  • paroles isolées de Jésus (Mt 11,25-30);
  • récits de vocation ou d’appel (Mt 4,18-22);
  • récits de miracles (Mt 8,1-16);
  • récits de la passion et de la mort de Jésus (Mt 26,1-27,61);
  • témoignages de la résurrection de Jésus (Mt 28,1-8).

Vérité versus historicité

Dans les Évangiles, il faut distinguer entre vérité et historicité.

Les différents textes contiennent tous leur vérité propre, même si tous ne se réfèrent pas à un fait historique (par exemple, les paraboles). Il en est de même dans l’ensemble de la Bible.

À titre d’exemple : le livre de Jonas

MerLe livre de Jonas est un récit qui n’est pas historique; le prophète n’a certainement pas séjourné 3 jours dans une baleine, ni converti Ninive en un jour. Une telle conversion est invraisemblable et n’a laissé aucune trace dans l’histoire politique et religieuse du Moyen-Orient.

Mais cette pittoresque histoire propose une vérité théologique et spirituelle : la miséricorde universelle de Dieu qui s’étend du prophète juif, très récalcitrant, à la grande ville païenne de Ninive et à son roi. Le récit de Jonas n’est donc pas historique mais il est vrai dans ce qu’il enseigne. Il faut ainsi éviter de faire une lecture fondamentaliste, au pied de la lettre.

Paroles de vie

Les Évangiles sont paroles de vie pour moi aujourd’hui.

Femme lisant la Bible
Gerrit Dou
Femme lisant la Bible

Le croyant est appelé à s’engager personnellement dans sa lecture de l’Évangile pour se laisser toucher, affecter et interpeller par la Parole.

Accueillies dans la foi, les paroles évangéliques lui sont adressées par Dieu personnellement au moment où il les lit ou les entend. Son expérience de foi est ainsi éclairée, convertie et soutenue par l’expérience de foi des premiers disciples telle que transmise par les Évangélistes. De cette manière, l’Évangile devient alors Parole de Dieu à l’œuvre dans le croyant.

Texte biblique

1 Thessaloniciens 2,13

2:13 Voici pourquoi, de notre côté, nous rendons sans cesse grâce à Dieu: quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’homme, mais comme ce qu’elle est réellement, la parole de Dieu, qui est aussi à l’œuvre en vous, les croyants.

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