Un autre regard sur l’incarnation

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Laisser Dieu transparaître dans nos vies

La compréhension que Maurice Zundel propose du mystère de l’incarnation peut surprendre, mais elle se révèle profondément cohérente. Autrefois, on imaginait Dieu au-dessus de nous, dans un Ciel situé « en haut », et l’incarnation comme une descente. Or, les découvertes astronomiques ont bouleversé cette représentation. Les mystiques parlent plutôt d’un Dieu « au-dedans », d’une présence intime, d’un Dieu-Esprit à la fine pointe de l’âme, source de tout être. Dès lors, l’incarnation apparaît comme un mouvement allant du dedans vers le dehors. À l’image d’un vitrail, notre humanité est appelée à laisser passer la lumière (divinité).
Jésus-Christ? Une humanité parfaitement transparente, qui rend Dieu pleinement présent.

Les lignes qui suivent présentent quelques réflexions de Maurice Zundel sur ce grand mystère.

Dieu vient toujours à nous

« Dieu est toujours déjà là, il n’a pas à venir : Il est là, c’est nous qui ne sommes pas là. C’est nous qui ne sommes pas là, c’est nous qui avons à venir et non pas Dieu, qui vient toujours. Et justement l’Incarnation ne veut pas dire que Dieu est venu à l’homme, mais l’homme à Dieu. »

Maurice Zundel, Silence parole de vie

Jésus-Christ : une humanité devient pleinement présente à Dieu

Jésus-Christ par Marek Studzinski (unsplash.com)

« L’Incarnation, ce n’est donc pas que Dieu descend sur une terre où Il n’était pas, puisqu’Il y était déjà. L’Incarnation, c’est qu’une humanité devient présente à Dieu, un Dieu éternellement présent. C’est l’homme qui était absent, et pas Dieu qui n’était pas présent. »

Maurice Zundel, Avec Dieu dans le quotidien

La Révélation de l’éternelle charité

« Nous le croyions absent tandis qu’il était à la porte de nos cœurs, l’offrande silencieuse de l’amour. Alors il sortit de son silence pour être, dans le temps, cette vivante parabole où se révèle en lettres de sang la gratuité infinie de l’éternelle charité. »

Maurice Zundel, Poème de la Sainte Liturgie

Dieu est pure intimité

« Les relations humaines authentiques se nouent précisément dans l’échange de Dieu, dans l’échange de cette Présence Infinie qui est intérieure et qui est tout Dieu. Il n’y a donc pas de conflit ni de contradiction entre une vie spirituelle qui se définit par l’intériorité et une Révélation qui se dit une communication en quelque sorte publique au sein d’une collectivité. »

« Dieu est intérieur, tellement intérieur que Saint Augustin la distingue de lui-même comme un ‘intus’ : ‘Tu eras intus (tu étais dedans) et ego foris (et moi, j’étais dehors)’. Cette expression est extrêmement éclairante. Dieu est un pur dedans, une pure intimité, Il n’a pas de dehors, Il nous appelle donc nécessairement, quand c’est Lui qui nous appelle, à une intériorisation qui est d’autant plus profonde que la Révélation elle-même est plus pure. »

Maurice Zundel, Tiré d’une récollection au Cénacle (Paris)

L’incarnation se continue à travers nous

Vitraux d'une église, Jésus-Christ par Ricky Ik (unsplash.com)

« Si nous étions aussi ouverts que le Christ, dit Angelus Silesius, et aussi réceptifs, nous serions Christ. Une vision extérieure de Dieu fait de la divinité de Jésus une affirmation mythologique. Mais si Dieu est un pur dedans, il se manifeste et se fait jour à raison de la transparence des hommes. Dieu est aussi présent en nous qu’en l’humanité de Jésus; c’est nous qui ne sommes pas présents. Mais en Jésus, l’homme devient présence totale à Dieu. »

« À travers tous les gestes de notre existence quotidienne, nous pouvons devenir l’incarnation de Dieu. L’incarnation se continue à travers nous. Dieu habite en nos frères comme il habite en nous et ne cesse de les attendre au plus intime de leur cœur. C’est à nous d’être les médiateurs, le sacrement visible de cette présence réelle du Seigneur parmi nous. C’est dans la mesure où nous laissons Dieu transparaître dans nos vies, qu’il s’incarne aussi en nous. Nous sommes tous appelés à devenir incarnation de Dieu. »

Maurice Zundel, Tiré de conférences de 1963 à 1972

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