« La révélation d’un monde inconnu et merveilleux où l’homme est enfin promu à lui-même, dans une rencontre qui le délivre de soi. » (Maurice Zundel)
Silence et présence par Maurice Zundel – extraits de « Le Cénacle » – Paris, No 13 – Décembre 1955.
Maximilien Kolbe, prêtre franciscain polonais (1894-1941), mort à Auschwitz, dans le bunker de la faim, après d’être offert à y prendre la place d’un père de famille.

« Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »
Ce cri d’admiration que l’héroïsme du Père Kolbe arrache aux bourreaux d’Auschwitz témoigne qu’à un certain niveau de générosité la vie devient lumière, lumière si pénétrante qu’elle s’insinue dans les consciences les plus fermées comme la révélation d’un monde inconnu et merveilleux où l’homme est enfin promu à lui-même, dans une rencontre qui le délivre de soi.
(…)
La stupeur émerveillée des bourreaux d’Auschwitz nous rend sensible la réalité d’une telle valeur et la transmutation qui en résulte et la révèle. Ils sont jetés, d’un coup, dans un monde inconnu où, vidés de leur moi animal, ils deviennent soudain cette puissance d’admirer et d’aimer qui, pour un instant, transfigure leur visage de brutes, sous l’attrait d’une Présence qui se lève en eux.
Ce prêtre qui offre sa vie pour sauver celle d’un autre est plus grand que la biologie qu’il sacrifie, plus grand que la mort qu’il choisit et à travers laquelle il devient pleinement lui-même en rompant toute adhérence à soi, plus grand que lui-même, enfin, dans la communication qu’il fait, aux autres, du Trésor caché en toute conscience humaine qui est, à la fois, le bien commun de tous et le secret le plus personnel de chacun.
Ce n’est peut-être qu’un éclair. Demain, ou tout à l’heure, la brute resurgira au sortir de l’émerveillement. Mais la direction demeure tracée. L’homme n’est vraiment lui-même que dans le dialogue silencieux avec Plus-que-lui-même dont la rencontre suscite l’espace où sa liberté respire. Dès que le contact est rompu, il retombe en soi et il est nécessairement livré aux impulsions aveugles de la biologie individuelle ou collective.
(…)
Le programme est simple, mais la réalisation est difficile. Car on ne peut décréter une rencontre et fixer l’heure où l’amour jaillira. Il n’y a pas de chemin qui débouche infailliblement sur un échange d’intimités. Rien n’est plus libre, plus imprévu et plus gratuit.
Tout ce que l’on peut faire, c’est d’écarter les obstacles qui rendent un tel échange impossible. Ils se résument tous dans le bruit que l’on fait avec soi – même, autour de soi.
Maurice Zundel





