Imprimer

Pour comprendre quelques gestes qui disent la foi


12 décembre 2012

L’auteur, spécialiste en histoire de l’Église, s’adresse à un large public. Il offre à ses lecteurs des réponses pertinentes à des questions suscitées par des gestes pourtant familiers mais dont on ignore souvent l’origine et le sens. D’où vient le signe de la croix ou l’imposition des mains? Pourquoi communier dans la main? Faut-il prier debout ou à genoux? (…)

CHRISTOPHE, Paul, Beauté des gestes du chrétien, Cerf, 87 p.

Petit livre et grand plaisir

Il s’agit d’un petit livre mais dont la lecture offre un grand plaisir. Il a un triple mérite :

  • Beauté des gestes du chrétienD’abord l’auteur attire l’attention du lecteur sur une dimension toute simple de l’expérience chrétienne, celle de son expression à travers des gestes.
    Il n’est que de penser au signe de la croix. Avant même d’avoir exprimé sa foi par des mots, ce geste familier en traduit déjà l’essentiel tout en disant clairement son appartenance à une communauté.
  • Ensuite, Paul Christophe insiste pour rappeler et illustrer un double principe si important dans l’univers de l’expression de la foi et de la symbolique chrétienne. Même modeste, un geste a le droit d’être beau et c’est dans la mesure de sa beauté qu’il porte témoignage.
  • Enfin et c’est peut-être son côté le plus précieux, l’auteur fournit des éléments de réponses à des questions souvent posées en proposant une information difficilement accessible à celui qui n’est pas familier des Pères de l’Église.
    Effectivement, pour qui désire remonter à l’origine des principaux gestes de la foi, ou du moins veut en comprendre la signification et la portée première, un passage chez les Pères de l’Église – nos premiers spécialistes – s’impose. À cet effet, l’auteur a sélectionné des textes du 3e, du 4e et du 5e siècle. Ils apportent un éclairage convainquant. Leur seul survol vaut à lui seul le détour.

Des réponses à des questions délicates

Ce n’est un secret pour personne, la tentation d’un retour à la liturgie du Concile de Trente souffle un peu partout et l’exemple vient de haut. Il est donc d’autant plus important de bien comprendre ce qui a guidé les choix de la restauration liturgique demandée par le Concile Vatican II. Le livre de Paul Christophe est fort utile à ce chapitre. En voici deux exemples.

La tradition de la communion dans la main (puisqu’il faut parler de tradition) est clairement attestée dans la littérature des premiers siècles

L’auteur en rend compte sans difficulté au moyen des catéchèses de Cyrille de Jérusalem, d’Augustin ou d’Ambroise de Milan.

Mieux, l’auteur cite une décision du Concile tenu en l’an 692 à Constantinople en présence de plus de 200 évêques : « On doit recevoir la sainte communion sur les mains tenues en forme de croix et non sur un récipient, fut-il d’or ou d’argent. Cette prescription oblige, sous peine d’excommunication, celui qui distribue la sainte communion comme celui qui la reçoit. »

Voilà qui donne à réfléchir. Mais alors pourquoi s’est-t-on éloigné d’une prescription aussi précise?

Christophe rappelle que « la communion reçue dans les mains correspond à la longue tradition de l’Église. Elle ne disparaît en Occident qu’à partir des Xe-XIe siècles. Cela semble du au rite de consécration des mains du prêtre par une onction d’huile depuis le VIIIe siècle. Les mains du prêtre en reçoivent une nouvelle dignité, mais celles des fidèles en sont indûment dévalorisées. » Lumineux et précieux comme information.

Quant à la prière et particulièrement à l’occasion de l’eucharistie, doit-elle se faire debout ou à genoux?

Si, comme le rappelle Origène vers l’an 234 dans son traité sur la prière : « on doit fléchir les genoux lorsqu’on s’accuse à Dieu de ses propres péchés, en le suppliant pour leur guérison et pour leur rémission » on comprendra qu’il en va tout autrement de ceux et celles qui se savent ressuscités avec le Christ. Leur position est de se tenir debout.

On ne sera pas étonné alors d’entendre Tertullien affirmer au début du IIIe siècle : « Nous considérons comme interdit de jeûner et d’adorer à genoux le dimanche, et nous jouissons de la même immunité de Pâques à la Pentecôte. »

Quant au concile de Nicée, il décrète ce qui suit en l’an 325 : « Comme quelques-uns plient le genou le dimanche et au jour de la Pentecôte, le saint Concile a décidé que, pour observer une règle uniforme, tous devraient adresser leurs prières en restant debout. » On ne peut être plus clair.

C’est avec cette approche que Paul Christophe nous invite à mieux comprendre la position assise, les bras levés, les mains jointes, la prostration et quelques autres gestes qui soutiennent si bien la prière chrétienne.

Un livre indispensable à qui initie à la pratique des sacrements et à la vie chrétienne.

Retour haut de page