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... celle d’aujourd’hui


5 janvier 2011

Suite à de larges concessions faites aux tenants de la messe dite « traditionnelle », c’est-à-dire comme elle se célébrait au XVIIe siècle, de nombreuses publications ont mis à mal l’eucharistie de Vatican II.
L’auteur, curé de paroisse et ancien directeur de l’Institut catholique de Paris, au-delà de la polémique soulève les vraies questions et apporte des réponses éclairantes.

La messe de tout le monde sans secret, ni sacré, ni ségrégation, Jean-Noël Bezançon, Cerf, 2009, 173 p.

Remettre les pendules à l’heure

« Une messe pour tout le monde »

La messe de tout le mondeEnfin, il fait bon d’entendre la voix presque discordante de Jean-Noël Bezançon, curé de paroisse et ancien directeur de l’Institut supérieur de pastorale catéchétique de l’Institut catholique de Paris. À travers les trop nombreuses publications consacrées à l’éloge de « la messe de toujours » – entendre celle de Pie V – l’auteur a choisi de remettre courageusement les pendules à l’heure. D’ailleurs le titre et le sous-titre de son ouvrage l’expriment clairement. La messe dite de Paul VI promulguée pour l’Église universelle est bien « la messe de tout le monde ».

Suite à la concessions de larges facilités à ceux qui demeurent attachés à la messe du XVIIe siècle et au silence embarrassé des autorités romaines, certains se sont crus autorisés à semer le doute et à dénigrer le « nouveau rituel » qui pourtant n’a maintenant plus rien de nouveau. C’est dans ce contexte que ce livre a été écrit.

Rendre grâce pour la messe retrouvée, celle de toujours

Cependant, plutôt que de partir en guerre contre les intégristes, l’auteur a choisi de rendre grâce pour la messe retrouvée, celle de toujours, celle qui a traversé les siècles. Il a choisi de la présenter telle qu’elle est, « sans secret, ni sacré, ni ségrégation ». C’est donc dire que Bezançon a choisi de lever bien des ambiguïtés.

Se rapprocher des origines

Une première et non la moindre est celle qui touche la réforme liturgique elle-même. Elle est à comprendre en termes de restauration pour reprendre les mots mêmes de la Constitution sur la liturgie. C’est pourquoi chaque fois que l’Église a entrepris de réformer le déroulement de la messe – car elle l’a fait souvent comme avec Pie V après le Concile de Trente ou Paul VI après Vatican II – ce ne fut jamais pour innover mais, au contraire, pour se rapprocher des origines.

De fait quand on compare notre liturgie actuelle avec celle des IIIe et IVe on ne peut conclure à une innovation mais bien à une restauration. Et ce n’était pas sans besoin, car pour reprendre les mots de l’auteur, tout en était venu à se passer comme si le rideau du Temple, arraché par la mort de Jésus, avait en quelque sorte été remis en place.

Le sacré

L’un des grands reproches fait à la liturgie de Vatican II est d’avoir perdu le sens du sacré, pire de l’avoir évacué. L’auteur en profite pour analyser la question en profondeur. Il la remet surtout en perspective.

Pour Bezançon, le sacré est une notion archaïque qui a marqué l’ensemble de l’humanité et qui ne peut se comprendre qu’en termes de séparation et de mise à part.

Or, comme l’avait affirmé clairement le théologien Yves Congar, « qu’il s’agisse des personnes, des lieux, des temps, Jésus a résolument aboli la séparation d’un prétendu sacré et d’un prétendu profane ».

Pourtant, même si comme le rappelle l’auteur, la distinction n’a plus sa place puisque « tout appartient à Dieu et que tout est confié à l’homme » la tentation est grande d’ériger à nouveau des barrières et de restaurer le culte du sacré avec tout ce qu’il comporte d’exclusion. Pourtant, « le christianisme a libéré du sacré envahissant des religions païennes ».

La notion de sacrifice

L’auteur n’a pas hésité à aborder la délicate question de la surenchère sacrificielle entourant le « repas du Seigneur » qu’on en est venu à désigner sous l’appellation de « saint sacrifice de la messe ».

Il souligne a juste titre que la notion même de sacrifice est ambiguë. Dans l’univers biblique « le Dieu d’Israël, le nôtre, n’est pas un dieu Moloch dévoreur d’enfants ». Les sacrifices ne sont pas là pour « amadouer la divinité » mais pour vivre avec elle une expérience de communion. Le retour aux Écritures donne au lecteur de bien comprendre ce qu’il faut entendre du mot sacrifice en régime chrétien.

Au tournant du Moyen-Âge, l’appellation même de « repas du Seigneur » a fait place à celle de « saint sacrifice de la messe » donnant à entendre qu’il s’agit là du caractère premier de l’eucharistie. Ici aussi l’auteur tout en retournant aux Écritures donne au lecteur de bien comprendre ce qu’il faut entendre du mot sacrifice en régime chrétien.

Dans le Premier Testament un sacrifice se caractérise par le partage et implique un repas :

Une partie de la victime offerte est brûlée sur l’autel signifiant que Dieu prend part au repas de communion, une autre partie est partagée entre les prêtres et les convives.

Comme le conclue l’auteur : « la perspective est d’abord celle du partage et le sacrifice apparaît essentiellement comme communion ».

Par ailleurs selon lui, l’ambiguïté est telle, qu’il se demande « s’il est opportun de garder ce mot de sacrifice » pour parler de la messe.

Une action de grâce

Outre ces mises au point importantes, Jean-Noël Bezançon soulève également d’autres questions comme celle de la langue.

Par ailleurs, et cela est présent tout au long de son ouvrage, il tient à rappeler en termes clairs que l’eucharistie comme nous la célébrons maintenant est d’abord et avant tout l’action de grâce du Christ et de tous ceux et celles qui font corps avec lui, pape en tête.

Un petit livre indispensable à ceux et celles qui ont charge d’initier à la pratique de l’eucharistie. On y trouve bien des réponses.


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