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Un survol nuancé


22 novembre 2012

Mme Pelletier fait un survol nuancé de l’histoire du christianisme et des femmes. La vocation essentielle des femmes est de mettre un peu d’humanité dans un monde qui en manque souvent.

Anne-Marie Pelletier, Le christianisme et les femmes, vingt siècles d’histoire, Cerf, 2001, 189 p.

Anne-Marie Pelletier enseigne l’exégèse biblique à Paris. Ses travaux sur le Cantique des cantiques font autorité. On en retrouve l’essentiel dans le Cahier Évangile No 85.

Une synthèse claire et nuancée

Le christianisme et les femmesDans le présent ouvrage, elle poursuit le projet de « reparcourir l’histoire de notre monde européen avec ses obscurités mais aussi ses avancées… et de retrouver la trace des chrétiennes qui y vécurent, y oeuvrèrent, y tissèrent la vie ». On notera dès le départ que son survol est européen, mais il englobera quelques brefs excursus dans le nouveau monde!

Son volume s’ouvre par un riche survol de la place de la femme dans les Écritures (AT et NT). En 30 pages, l’auteur brosse une synthèse claire et nuancée sur ce sujet. Elle nous aide à nous libérer de nos préjugés, nous invitant à ne pas les remplacer par ceux du moment.

Les grandes étapes de l’histoire du christianisme

Puis elle présente, de façon critique, les très grandes étapes de l’histoire du christianisme. D’abord la période patristique. Elle fait ressortir « une incontestable malveillance » des Pères pour les femmes, leur misogynie si souvent affirmée. Elle souligne aussi que des progrès ont été accompli dans l’existence sociale des femmes à cette époque.

Au Moyen-Âge, des femmes ont joué un rôle important mais à l’ombre d’hommes célèbres. Ces femmes ont éduqué les hommes qui étaient leur maris, leurs frères ou leurs fils. Cependant la valorisation de la virginité a souvent terni la valeur du mariage.

Le XVe siècle a connu une époque de reflux du droit des femmes désormais écartées des lieux de pouvoir, de savoir et de responsabilité. Cependant, certaines femmes ont marqué cette époque : Angèle Mérici, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation, Mère Angélique de Port-Royal, Jeanne de Chantal avec François de Sales.

Au XIXe siècle, la déclaration des droits de l’homme proclame l’égalité des sexes, mais le droit civil contient des dispositions défavorables aux femmes. Malgré cela, ce sera un temps de grande vitalité pour les femmes de l’Église. On assistera à une féminisation du catholicisme. 400 congrégations féminines surgiront éduquant, soignant, prenant en charge des secteurs non assumés par l’État.

Le XXe siècle, un siècle de luttes

L’auteur termine son survol par une présentation du XXe siècle qu’elle qualifie de siècle de luttes :

  • acquisition du droit de vote,
  • apparition des féminismes,
  • maîtrise de la fécondité,
  • revendication d’un accès des femmes au sacerdoce.

Selon elle, Jean-Paul II vient donner à la question des femmes une ampleur qui n’avait jusque là jamais été atteinte dans les documents magistériels, même s’il a réaffirmé son opposition au sacerdoce des femmes.

Que Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et Thérèse de l’Enfant Jésus aient été déclarées docteurs de l’église et que le titre de co-patronnes de l’Europe ait été accordé à trois femmes, à côté de trois hommes, ces événements constituent, selon elle, un pas important dans la reconnaissance des femmes dans l’Église.

La vocation essentielle de la femme

Mme Pelletier fait un survol nuancé de l’histoire du christianisme et des femmes. Elle note toujours les avancées sans taire les reculs de chaque époque. Elle nous aide à prendre de la distance par rapport aux mesquineries des hommes. Elle rappelle constamment les hauts faits de certaines femmes. Elle affirme que la vocation essentielle des femmes est de mettre un peu d’humanité dans un monde qui en manque souvent. Et son survol de vint siècles d’histoire démontre, preuves a l’appui, la fidélité indéfectible des femmes à cette vocation.


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