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8 janvier 2019

Pour plusieurs, le récit de Matthieu tient du folklore et pourtant il porte en son cœur une grande leçon qui aura traversé le temps. C’est bien ce que suggère un commentaire du pasteur Pierre-Yves Brant publié dans Les essentiels du magazine La vie. Cette réflexion s’en inspire.

Une question

Les trois magesLa belle histoire des mages …  Nous la connaissons bien. Elle commence sur une question : Où est le roi des juifs qui vient de naître? Nous avons vu son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui.

Une simple question : Où est le roi des juifs? Mais déjà elle a beaucoup à nous apprendre. À ce sujet, un intéressant commentaire m’est récemment passé sous la main. Il est de Pierre-Yves Brandt un pasteur protestant professeur à Lausanne.

Hérode à la retraite

Il tient d’abord à faire remarquer que la question est posée alors qu’Hérode règne à Jérusalem. Elle ne peut que le troubler, car elle met directement en cause sa légitimité comme souverain d’autant plus que les Mages viennent à Jérusalem pour adorer ce roi qui vient de naître et non pas pour lui rendre hommage à lui.

C’est un peu comme si tout à coup, Hérode apprenait d’un collègue qu’il vient d’être mis à la retraite anticipée, ses supérieurs hiérarchiques n’ayant pas jugé bon de l’en avertir.

Il a de quoi être surpris, déstabilisé même, car dans la perspective qu’est la sienne, un roi tient sa légitimité de Dieu, c’est lui le supérieur hiérarchique. Or Dieu serait-il devenu un patron peu soucieux de son employé? Dieu l’aurait-il mis au rancart?

La royauté mise en cause

En fait, le message est encore plus drastique. Ce que Matthieu est à raconter – et ici son récit est clair – conteste non pas la simple légitimité d’Hérode, mais en même temps tout ce qu’il représente. La venue des Mages laisse présager que Dieu a décidé d’intervenir. Les Mages deviennent comme des prophètes annonçant un changement radical.

Or Hérode comprend très bien le message … Un petit enfant est à le disqualifier. Pire, la royauté comme l’a connu Israël serait elle-même devenue obsolète. Il commence à prendre la mesure de ce qui lui arrive.

Pas question de s’incliner

Dans un premier temps il choisit d’utiliser les Mages comme informateurs pour éliminer son rival. Pas question pour lui de s’incliner. Il aurait pu emboîter le pas et accompagner les Mages.

Mais pour cela il lui aurait fallu descendre de son piédestal, tout le contraire des Mages qui eux se sont mis en route, qui eux se prosternent devant l’enfant. Hérode lui s’enferme dans le secret, les Mages eux, ouvrent leurs coffrets.

Deux attitudes

La belle histoire des Mages, l’impressionnante histoire des Mages… Elle nous propose un récit qui oppose deux attitudes, deux attitudes qui ne sont pas sans questionner, sans nous questionner, à la fois comme personne, comme individu et comme société. 

Les célébrations de Noël nous offrent une occasion unique de sonder nos choix, de porter un regard critique autant sur ceux qui nous sont personnels et communautaires que sur nos choix de société, tout comme sur la façon bien concrète que nous avons de gérer nos ressources, toutes ces richesses que contiennent nos coffrets pour reprendre l’image du récit de Matthieu.

Deux options

D’un côté il y a Hérode avec ses privilèges et son pouvoir qu’il tient à protéger à tout prix et Matthieu dans la suite de son récit nous dira jusqu’à quelle folie meurtrière il est prêt à aller. De l’autre il y a ces Mages prêts à partager tout ce qu’ils ont, tout ce qu’ils sont, prêts à tout miser, prêts surtout à faire confiance. C’est tout le sens de leur offrande et de leur geste d’adoration.

L’enfant, symbole même de l’avenir, symbole de ce qui vient, est placé au cœur de leur démarche et fournit le repère des questionnements, tant celui des Mages, que celui d’Hérode, tout comme du nôtre aussi. Et ici le pasteur Brandt dans son commentaire n’y va pas avec le dos de la cuillère:

Il est temps que nos sociétés de nantis mettent au centre de leurs préoccupations les générations à venir. Car à bien des égards, nos choix politiques, économiques préparent souvent le massacre des innocents.

Une grande leçon

L’impressionnante histoire des Mages est bien plus que du folklore. Le récit de Matthieu porte en lui une leçon, une grande leçon.

Lève les yeux alentour et regarde… disait le prophète Isaïe (Is 60:4). C’est bien ce que refusaient Hérode et à leur manière tous les Trump, Poutine et Bachar el-Assad de l’histoire. Et plus subtilement ces gouvernements des nations riches qui n’hésitent pas à faire de beaux discours, mais qui piétinent et tournent en rond quand il s’agit d’accueil des émigrants ou de prendre les virages qu’exige la sauvegarde de la planète.

Lève les yeux alentour et regarde… tous ceux qui cherchent et s’interrogent. Parfois, ils viennent de loin, peu importe le point de vue.

C’est une étoile qui avait mis les Mages en route et pourquoi ce que nous prions et méditons pendant tout le cycle de Noël ne serait pas pour nous aussi, une étoile, une étoile à laisser briller en nous et devant nous?

Le récit des Mages porte en lui une leçon, une grande leçon.

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