Thérèse de l’Enfant-Jésus Une grande « petite sainte »

Thérèse de l’Enfant-Jésus – Une grande « petite sainte ». Thérèse aura toujours la conviction de vivre en compagnie de Jésus, son Bien-Aimé.

Une intime avec Dieu

Thérèse de l’Enfant-Jésus (1873-1897)Une grande « petite sainte », canonisée le 17 mai 1925 par Pie IX.

Ses origines

Thérèse Martin est née à Alençon en Normandie. Vers l’âge de cinq ans, sa famille déménage à Lisieux où elle passera le reste de sa courte vie.

Son père, Louis Martin, est un horloger qui faisait partie de la petite bourgeoisie de l’époque. Sa femme, Zélie Guérin, lui donnera cinq filles et toutes deviendront religieuses! Elle mourra lorsque Thérèse aura quatre ans seulement. Toute sa vie Thérèse souffrira de ce deuil.

Une famille pieuse et des parents plus dignes du ciel que de la terre dira Thérèse.

Sa vocation

Très tôt, Thérèse se sentira aimée du Bon Dieu et voudra commencer à chanter les miséricordes du Seigneur (Ms. A, 2r). Lorsque Céline, sa sœur aînée et deuxième mère (elle la choisira en effet comme deuxième maman, après les funérailles de sa mère) va lui annoncer son départ pour la Carmel, Thérèse sentira aussi l’appel du Seigneur pour elle-même :

Je sentis que le Carmel était le désert où le Bon Dieu voulait que j’aille aussi me cacher… (Ms. A, 25).

Ainsi donc Thérèse entrera au Carmel de Lisieux en 1888, à l’âge de 15 ans! Elle y restera 9 ans et s’éteindra à l’âge de 24 ans. Une courte vie mais remplie de l’amour de Dieu.

La voie de l’enfance spirituelle

Beaucoup de gens vivent de l’amour de Dieu, mais certaines personnes ont le génie de l’exprimer dans des mots et dans des images. Ainsi en est de Thérèse.

Mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie nouvelle (Ms. C, 2).

Ce sera la voie de l’enfance spirituelle, c’est-à-dire la voie de la confiance et de l’abandon. Une manière unique de dévoiler que, pour trouver Dieu, il faut simplement lui faire confiance; comme un enfant fait confiance à son père de façon absolue et sans condition! Elle dévoile ainsi un aspect de l’amour de Dieu et le dit pour la première fois de cette manière contribuant ainsi à enrichir la spiritualité chrétienne dans son ensemble.

Elle comprendra aussi que « pour aller au ciel », il doit y avoir un moyen moins compliqué que le rude escalier de la perfection… qu’elle ne se sent pas capable de monter. Ayant vu des ascenseurs lors d’un voyage à Rome, avec son père, en 1886, elle dira qu’il doit bien y avoir un ascenseur pour aller au ciel!

L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus! (Ms. C, 2). Elle doit donc devenir petite et l’être de plus en plus pour que Jésus la prenne dans ses bras et la monte au Ciel! Thérèse montre donc que le Ciel n’est pas un « lieu » que l’on atteint par nos efforts ou nos propres moyens mais bien un « lieu » où Jésus nous amène si nous le laissons agir!

Une vie en lien avec la parole de Dieu

Thérèse aura toujours la conviction de vivre en compagnie de Jésus, son Bien-Aimé. Elle le sentira à ses côtés dans tous les événements de sa vie.

Dans tout ce qu’elle raconte dans Histoire d’une âme, ses manuscrits autobiographiques, un fait est marquant : tout est vécu en relation avec la parole de Dieu. Elle est habitée dans son être par Jésus. Elle vit l’évangile dans son quotidien. Tout est prétexte à recourir à une parole de Dieu ou à une citation des évangiles.

Dans ses manuscrits, dans ses lettres, dans ses poésies il y a de constantes références à Jésus et aux personnages de l’évangile. Ainsi écrit-elle dans un poème :

Montre-moi les secrets cachés dans l’Évangile.
Ah! que ce livre d’or est mon plus cher trésor (PN 24).

Elle dira aussi dans ses manuscrits :

Pour moi, je ne trouve plus rien dans les livres si ce n’est dans l’Évangile. Ce livre-là me suffit (Ms. A, 3).

Dans une lettre à un frère missionnaire, le père Roulland, Thérèse écrit ceci en 1897 peu avant sa mort :

Je ne puis qu’emprunter les paroles de Jésus à la dernière Cène, il ne pourra s’en offusquer puisque je suis sa petite épouse et que par conséquent ses biens sont à moi. Je vous dis comme Lui à ses intimes : « Je m’en vais à mon Père mais parce que je vous ai parlé de la sorte, vous avez le cœur rempli de tristesse » (Jn 16,5-7) (LT 258).

Une sainteté de la simplicité

Un des apports de cette humble carmélite est d’avoir montré que la sainteté ne consiste pas surtout à produire de grandes œuvres ou à fonder des communautés ou bien à avoir des grâces mystiques mais que tout cela peut se réaliser dans le quotidien ordinaire.

Pour elle, c’est la vie monotone d’une carmélite cloîtrée où chaque jour l’horaire est semblable au précédent et à celui qui vient.

Ramasser une épingle par amour peut sauver une âme, dira-t-elle.

Je m’appliquais surtout à pratiquer les petites vertus, n’ayant pas la faculté d’en pratiquer de grandes (Ma A, 75)

En effet, c’est au fil des jours dans les actions les plus humbles de la vie qu’elle fera une offrande spirituelle de toute sa personne dans le mystère de la communion des saints.

Comment expliquer autrement que par la foi à quel point tous ses mérites ont porté fruit? Il suffit de voir son rayonnement apostolique depuis près de cent ans. Pensons que, de se son vivant, elle fut, absolument inconnue.

La sainteté peut être vécu dans l’ombre.

C’est aussi l’offrande de soi dans le secret.

Dieu voit tout et transforme tout!

Une femme de prière et de vocation

Thérèse donne, vers la fin de sa vie une très belle définition de la prière où elle dit, somme toute, que la prière c’est d’être en union avec Jésus dans tous les moments de sa vie, les grands comme les petits.

« La prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie; enfin c’est quelque chose de grand de surnaturel qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus… » (Ms C, 25).

Thérèse trouve dans la simplicité de sa vie religieuse sa vocation profonde et sa place dans l’Église. Dans une lettre de 1895 à sa sœur Marie, carmélite, elle écrit :

Être ton épouse, Ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi, la mère des âmes, devrait me suffire… il n’en est pas ainsi (Ms B, 3).

Plus loin, elle s’écriera :

Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’amour… (Ms B, 3).

Un phare pour notre temps

Notre monde est porté à regarder ce qui brille, ce qui est glamour. Ce qui peut se vendre, faire de la bonne publicité. Cela n’est pas mauvais en soi, loin de là. Cependant, on pourrait penser que la sainteté, c’est aussi cela : briller, être fort et connu et avoir des personnalités transcendantes et au-delà du commun. Plusieurs grands saints on été ainsi, en effet.

Dieu a aussi crée des Thérèse de Lisieux. Des gens ordinaires à la vie simple et sans éclats.

À eux aussi Dieu dit son amour et peut livrer à l’intimité de leur cœur une originalité du dévoilement infini de son amour à travers les siècles.

Ainsi, comme dit Thérèse, ce ne sont pas nos « œuvres » qui comptent mais l’amour et l’abandon en toute confiance au Père des miséricordes.

Une jour, elle disait à sa sœur Céline (Mère Geneviève en communauté) que lorsque toutes les deux, elles paraîtraient devant Dieu, elles ne pourraient pas lui offrir leurs œuvres, n’en ayant aucune mais bien leur amour; et comme Dieu est lui-même l’Amour, elle affirmait : « Il se reconnaîtra en nous et nous ouvrira les bras! »

N’est-ce pas là un message magnifique d’amour et d’espérance pour les gens malades ou à la retraite? Voilà un des grands messages de la petite voie de confiance et d’amour de Thérèse de Lisieux.

Thérèse a mené une vie dans l’ombre que Dieu, à sa mort, a rempli de lumière. Cela ne ressemble-t-il pas à l’expérience de son Fils?

Merci Thérèse. Le silence de ton amour ne cesse de crier depuis cent ans!