Catherine de Sienne Une femme d’exception, apôtre de la paix et de l’unité

Catherine de Sienne – Une femme d’exception, apôtre de la paix et de l’unité. L’Église ne se sauvera qu’avec de la charité, la recherche de la vérité, la paix en nous-même et entre nous.

Présentation de Catherine de Sienne

Catherine de Sienne (1347-1380)Une femme d’exception, apôtre de la paix et de l’unité.

Docteur de l’Église

Caterina di Jacopo di Benincasa voilà le nom italien de cette femme extraordinaire et unique dans la vie de l’Église et dans la spiritualité chrétienne.

Née à Sienne, ville italienne non loin d’Assise, en 1347 elle est morte à Rome en 1380. Canonisée par le pape Pie II en 1461. Elle fut proclamée docteur de l’Église par Paul VI en 1970. Il faut être patient en Église!

Pour comprendre l’impact et l’importance d’une action humaine et spirituelle, il est capital de bien cerner le contexte historique.

Un peu d’histoire

Une époque fort troublée

Voyons donc un peu cette époque fort troublée de l’histoire de l’Église. Au moment de la naissance de Catherine (1347) le pape habite non pas à Rome mais à Avignon dans le sud de la France!

En effet, depuis l’apôtre Pierre, le premier pape, qui fut martyr à Rome, ses successeurs y ont séjourné. Le pape étant l’Évêque de cette ville.

Or, au début des années 1300, une querelle a opposé le roi de France et le pape au sujet de la nomination d’un évêque sur le territoire français et aussi une dispute entourant l’argent des Templiers. Ces derniers formaient une organisation qui avait son centre à Jérusalem et s’occupaient de pourvoir aux besoins des Croisés et de leur famille. Comme les Croisades étaient terminées, ils revenaient en France avec des sommes colossales. Le pape et le roi voulaient donc toucher leur part de ce butin fabuleux.

Il faut expliquer aussi que depuis 870, au temps du pape Étienne II, une grande partie du centre de l’Italie appartenait au pape. On appelait cela les états pontificaux. Ils étaient formés de plusieurs villes et territoires. Au début des années 1300 et pendant plus d’un demi siècle les villes à l’intérieur des états pontificaux étaient en querelle et menaçaient ainsi la sécurité du pape à Rome.

Le roi, Philippe IV Le Bel, quelques années auparavant en 1297, convoque une rencontre avec le pape et plusieurs cardinaux et évêques dans une ville près de Lyon.

De Rome à Avignon

Le pape Clément V quitte donc Rome pour assister à cette convocation qui sera le concile de Vienne (ville près de Lyon) 1311-1312.

Au retour de ces rencontres avec le roi, craignant la guerre dans les états pontificaux, se sentant fatigué par toutes ces querelles avec le roi de France et ayant aussi des troubles personnels de santé, le pape Clément V fait une halte à Avignon.

Il y fait si bon et la sécurité est totale alors… on décide de s’y établir. On y construira même un palais…. Les papes vont y demeurer jusqu’en 1378 soit près de 70 ans!

Le pape, chef de la chrétienté et évêque de Rome, qui n’habite pas là où Pierre et ses successeurs sont morts martyrs! Là où l’Église s’est fondée!

On imagine facilement que la papauté est alors quasiment sous la tutelle du roi de France! Quelle complication pour l’unité de l’Église!

Rome sans pape et sans leader politique et la chrétienté livrée à elle-même et au pouvoir politique extérieur. Une période bien sombre que celle-là et encore on n’avait rien vu!

Une femme de paix dans une Église divisée

Catherine va influencer grandement le pape Grégoire XI pour qu’il revienne à Rome là où l’attend saint Pierre. Il y revient en 1378.

Survient alors un événement tragique pour la vie de l’Église. Peu après son retour à Rome, le pape Grégoire XI meurt. On convoque donc un conclave pour élire le nouveau pape. Les cardinaux présents au conclave entendent les bruits de la rue qui réclament un pape romain, car les papes en Avignon avaient tous été des français. Ce qui est bien normal.

Alors on élit un italien, qui n’était pas de Rome, mais qu’on a fait passer pour un romain, Urbain VI. Peu de temps après son élection, il se montre particulièrement désagréable avec les cardinaux de France. Ceux-ci, en retournant dans leur pays, affirment que l’élection du pape, s’étant déroulé dans des conditions exceptionnelles de tension et d’influences extérieures, est non valide et refont une élection. C’est le schisme! Un pape français, Clément VII, est élu. Il y a deux papes!

Voilà l’environnement historique qui sera celui de Catherine. Une Église divisée, ravagée par les querelles dans les états pontificaux. Un monde de guerres : entre les villes chrétiennes en Italie ainsi qu’entre la France et l’Angleterre (début de la guerre de 100 ans).

Elle y laissera la marque d’une femme de paix et d’unité. Ce fut tout un défi!

Une vie de charité et d’engagement ecclésial

Une vie consacrée

Catherine vient au monde dans une famille nombreuse (elle est la 23e) et fort catholique. Dès son jeune âge elle est visitée par Dieu lors d’une vision. Elle y voit au-dessus du clocher de l’église Saint-Dominique, le Christ avec Pierre et Paul et Jean. Très tôt, elle désire donner et consacrer sa vie au Seigneur, au grand désespoir de sa famille, qui voulait la marier. Elle était à ce que l’on dit fort jolie.

Elle choisira donc de se consacrer à une vie de prière et de silence pour vivre son mariage mystique avec le Christ. En effet, l’homme qu’elle épousera sera le Seigneur. Elle est sa promise, sa fiancée.

À l’école de la spiritualité de saint Dominique

Ainsi, elle entrera dans le tiers-ordre dominicain. Elle veut vivre de la spiritualité de saint Dominique qui fut le fondateur de l’ordre des prêcheurs (1170-1221).

Prêcher par l’exemple l’amour du Christ et bien connaître les Écritures.

Elle se réunit, au moins une fois par mois, avec d’autres tertiaires pour entendre la messe, la lecture de la Parole, l’explication de la règle de saint Dominique et entendre l’exhortation du directeur spirituel de l’ordre.

Elle soigne les malades, visite les prisonniers et console les gens malheureux. Elle consacre une partie de ses nuits à la prière pour vivre une grande intimité avec le Christ.

Une femme d’influence

Une rencontre transformera sa vie. Elle entre en contact avec Raymond de Capoue, qui deviendra maître général des dominicains.

Son influence propulsera Catherine au premier rang de la vie politique et spirituelle de son temps.

Catherine dictera environ 373 lettres de son vivant; 22 lettres adressées au pape, 9 à des cardinaux, 7 à des évêques, 103 à des prêtres et religieux, 42 à des gouvernants… Cela donne un aperçu de son influence. Et c’est une femme!

Son exemple et sa prédication sont tels que le pape Grégoire XI lui donne trois confesseurs avec mission de la suivre pour accueillir les conversions et changements spirituels qu’elle opère. Une vraie femme d’influence.

Une femme de courage et caractère

C’est aussi une femme de courage qui n’hésite pas à rappeler au pape qu’il doit revenir à Rome. Elle pourfend aussi avec courage les moeurs corrompus de son temps.

Dans une lettre à un légat du pape elle écrit ceci : « Je crois qu’il serait bon que notre doux Christ de la terre (le pape) se libère de deux choses qui corrompent l’épouse du Christ. La première est la trop grande affection qu’il témoigne à sa famille… La seconde est une douceur excessive fondée sur trop d’indulgence… » (Lettre 109 à Gérard du Puy) Quelle force et quel courage de s’exprimer ainsi à cette époque de l’histoire!

Une femme de caractère et d’une profonde conviction en faveur de la vérité et de ses obligations.

Une spiritualité de la paix et l’unité

Un livre inspirant : le « Dialogue »

En 1378, vers la fin de sa vie Catherine a dicté un livre. Elle y imagine un dialogue entre Dieu et elle. Elle y fait quatre grandes demandes à Dieu et imagine ses réponses :

Ce livre donne les grandes lignes de sa spiritualité.

Devant le monde corrompu et troublé qui est le sien, elle « fait parler Dieu » à propos des pistes de solution à considérer afin de venir à bout du mal, et ainsi instaurer un monde de paix et d’harmonie (« Règne de Dieu »).

Des voies privilégiées pour changer le monde

Au chapitre 35 du Dialogue. C’est Dieu qui parle à Catherine et lui répond sur le regard qu’Il pose sur le monde :

« Il y a un remède, par lequel j’apaiserai ma colère… Prends donc tes larmes et ta sueur, tire-les de la fontaine de ma charité, toi et mes autres serviteurs, et avec elles lavez la face de mon épouse (l’Église), et je te promets que par ce moyen lui sera rendu sa beauté. Ni par le couteau, ni par la guerre, ni par la cruauté, elle n’aura de nouveau sa beauté, mais avec la paix, des oraisons humbles et continues, sueurs et larmes versées avec un désir plein d’anxiété par les serviteurs. »

Catherine propose donc pour changer le monde : la paix, la prière, le travail et la persévérance. Quel actualité pour nos temps de changements, d’incertitude et de conflits de toutes sortes!

L’importance de la charité

Catherine insiste beaucoup aussi sur la charité comme étant la manière de vivre notre intimité avec le Christ et ainsi rendre gloire au Père par toute notre vie. Elle possède également une conviction profonde que Dieu fait miséricorde au monde et à chacun et chacune de nous c’est-à-dire qu’Il en prend pitié de nous et nous aime de tout son cœur.

Au chapitre 89 du Dialogue elle dit « Il est donc nécessaire de garder et de porter sans cesse la charité envers le prochain avec une vraie connaissance de soi ».

Il est intéressant de constater qu’en 1378, bien avant les découvertes de la psychologie moderne, elle associe charité et connaissance de soi!

Une spiritualité de l’espérance

La grande caractéristique de cette femme c’est qu’au delà des troubles de son époque et des difficultés gigantesques que l’Église a traversées, elle a toujours cru à l’Église et prêché son unité.

Elle a mis toutes ses énergie à faire revenir le pape Grégoire XI à Rome pour redonner à la papauté son rôle moteur et unificateur. Et voilà qu’à peine le retour effectué… surgit la crise de la division.

Au lieu de se décourager, elle prônera jusqu’à son dernier souffle d’aimer l’Église et de croire en son unité et au mystère d’une institution humaine faible et fragile mais habitée et inspirée par le Christ. En voici un signe éminent : en 1414, le concile de Constance mit fin au schisme en élisant martin V. L’unité est revenue.

Elle dira avant de mourir « l’unique cause de ma mort est l’amour de l’Église qui me brûle et me consume. »

Pour nous qui vivons une période troublée et très incertaine, regardons attentivement cette femme de courage et d’espérance. A la fin de sa vie, la situation était pire que tout ce qu’elle aurait pu imaginer et pourtant… elle a conservé un regard de foi et d’espérance sur son Église. Quelle belle leçon pour nous!

L’Église ne se sauvera qu’avec de la charité, la paix en nous-même et entre nous.

Ô Père éternel, feu
Abîme de charité!
Éternelle Beauté
Éternelle Sagesse
Éternelle Bonté
Éternelle Miséricorde!
Espérance.
Refuge des pécheurs,
Largesse inestimable.
Bien éternel et infini,
Ô Fou d’amour!