Quelques essentiels en catéchèse – III Éveiller l’enfant à la Présence qui l’habite

L’Institut de Pastorale des Dominicains de Montréal anime une table de réflexion sur l’initiation chrétienne et l’éducation de la foi (TRICEF). Les participants ont été invités à formuler 5 essentiels en catéchèse. Robert Hurley professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval nous partage les siens et les commente.

Présentation

La catéchèse communique l’amour inconditionnel de Dieu pour l’enfant.
L’enfant connaît déjà Dieu.
« Suivre l’enfant ».
La catéchèse libère.
Le récit constitue l’outil catéchétique par excellence.

Ces cinq « essentiels » s’inspirent autant de mon travail auprès des enfants que de mon travail en formation de catéchètes. Si chaque élément individuel s’adresse aux adultes qui travaillent au service d’enfants, ensemble ils cherchent à respecter les limites et les possibilités de ces jeunes personnes. Et maintenant, un mot d’explication.

La catéchèse communique l’amour inconditionnel de Dieu pour l’enfant

Si d’aucuns prétendent que cette tâche relève plus de la première annonce de l’évangile que de la catéchèse, il est clair que les jeunes et les moins jeunes de notre génération n’ont pas suffisamment entendu parler de cet amour inconditionnel de Dieu.

Thomas Merton l’a bien dit il y a plus de soixante ans :

« Ce dont les gens ont besoin, c’est de quelqu’un capable de leur raconter l’amour de Dieu dans un langage qui ne sonne pas rabattu ou fou, mais avec autorité et conviction : la sorte de conviction qui émerge du contact avec le sacré ».

Que l’enfant le sache : il n’a rien à faire pour mériter l’amour de Dieu. Le salut, Dieu s’en charge : «  Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5,8). Si l’enfant croyait vraiment qu’il était non seulement aimable mais aimé, cette prise de conscience ne transformerait-elle pas sa vie?

L’enfant connaît déjà Dieu

Le jeune homme au tombeau dit aux femmes qui sont venues embaumer le corps de Jésus : « Il vous précède en Galilée : c’est là où vous le verrez, comme il vous l’a dit » (Mc 16,7).

Dieu nous précède toujours sur le terrain catéchétique. L’enfant, à partir de sa constitution d’être humain, connaît déjà Dieu, c’est-à-dire que son expérience est déjà marquée par la présence du divin, de l’Absolu.

Une catéchèse réussie aidera l’enfant à porter attention à cette présence divine qui l’habite : « Deus interior intimo meo », Dieu est plus intime à moi même que moi-même, disait saint Augustin. La catéchèse cherchera donc à animer la vie contemplative de l’enfant de sorte qu’il puisse orienter sa vie active à la lumière de cette expérience spirituelle.

« Suivre l’enfant »

Maria Montessori avait raison d’insister sur ce principe. Une catéchèse qui part d’une question de l’enfant et du vécu de l’enfant risque moins d’être reçue par l’enfant comme une information impertinente ou incompréhensible.

Le catéchète qui veut suivre l’enfant a également intérêt à s’informer sur son développement psychosocial, moral et spirituel. Ces facteurs conditionnent largement les apprentissages à proposer à chaque groupe d’âge. Même si aucune méthode catéchétique ne peut garantir la rencontre de Dieu, la catéchèse « préparera le chemin à la grâce », comme le dirait Jerome Berryman.

La catéchèse libère

L’enfant, je le crois, arrive à la conscience de la présence de Dieu dans sa vie au moment où il devient capable de s’exprimer à ce sujet. Comment le catéchète peut-il aider l’enfant à exprimer une telle prise de conscience?

Historiquement, les chrétiens ont cherché les mots pour le faire dans la Tradition de l’Église et surtout dans le langage biblique. En invitant un enfant à entrer dans les histoires bibliques et les rites liturgiques, d’y trouver sa place, on lui ouvre le chemin vers le Dieu annoncé par Jésus de Nazareth.

La catéchèse libère également quand elle active l’imagination de l’enfant et qu’elle l’invite à exprimer avec des paroles, par la création artistique, par des gestes, ou avec toute autre forme d’expression ludique le sens qu’il a pu découvrir aux récits présentés à partir de la Tradition.

En ce sens, la catéchèse est autant une affaire d’inspiration que d’enseignement.

Privilégier le récit comme outil pédagogique

Le récit permet la communication indirecte (Kierkegaard) et exige, pour produire des effets de sens, la participation active du lecteur ou de l’auditeur.

Un récit ne s’explique pas, il se raconte. La communication indirecte est à privilégier lorsqu’il est question de parler de Dieu, de l’Indicible.

En se servant du récit biblique pour introduire l’enfant au langage commun de la tradition chrétienne, on lui propose un véhicule pour exprimer ses expériences du divin. Et ce véhicule le place en même temps au sein d’une communauté de croyants.

Mais le récit demeure foncièrement plurivoque. Interpréter un récit à la place de l’enfant constitue non seulement une forme d’hégémonie intellectuelle et spirituelle, c’est aussi le priver du potentiel de transformation que possède le récit, qui ne fonctionne qu’à la condition que la découverte soit personnelle.