La circulation d’Amour en Dieu La Trinité divine ou l’Amour en nous

Croire à la Trinité, c’est accueillir cette révélation que l’Amour divin est éternel, qu’Il est déjà à l’œuvre au sein même de Dieu, que c’est le même Amour dont nous sommes comblé(e)s depuis toujours, bien avant que nous soyons conçu(e)s dans le sein de notre mère.

La circulation d’Amour en Dieu

Un Amour éternel

Croire à la Trinité, c’est accueillir cette révélation que l’Amour divin est éternel, qu’Il est déjà à l’œuvre au sein même de Dieu, que c’est le même Amour dont nous sommes comblé(e)s depuis toujours, bien avant que nous soyons conçu(e)s dans le sein de notre mère.

Dieu est Don pour nous, parce que déjà, au sein même de la Trinité, sa réalité profonde est Don. Tout ce que possède le Père, il le transmet éternellement au Fils, et vice versa, et de même pour l’Esprit. Aucun ne s’approprie rien. La nature divine de chacun se résume dans son élan vers les autres.

Un Être où tout est don

Comment pouvons-nous oser entrer ainsi dans l’intimité divine? Une telle audace nous est permise par des devanciers très proches de Jésus. En tout premier lieu, c’est l’Évangéliste Jean qui nous y invite instamment, comme nous l’avons déjà vu. Jésus est dans le Père et le Père est en Lui (Jn 14,10).

De nombreux Pères de l’Église et de nombreux contemplatifs ont longuement médité sur cette cohabitation divine. Un de ceux qui en ont le mieux parlé récemment est Maurice Zundel décédé en 1975. Voici quelques extraits de son livre Je est un autre (Anne Sigier, 1997) :

La circulation de Dieu à nous

Dieu donné, Dieu libérateur

Dieu est pauvre, comme le pressentait saint François d’Assise. Dieu n’a rien et ne peut rien posséder, écrit Zundel. Si Dieu est pur don en Lui-même, qu’en est-il dans Sa relation à nous? C’est là que la nature profonde de Dieu prend tout son sens. Elle est pour nous délivrance. Un tel Dieu ne peut vouloir que notre bien. En Lui, rien de despotique, de limitant, de menaçant !

C’est de là aussi que la phrase d’Augustin tire sa richesse : « Aime et fais ce que tu veux. » Certaines personnes mettent l’accent sur le « Fais ce que tu veux » et oublient malheureusement la condition : « Aime! » C’est évidemment la condition essentielle pour bien agir. Mais c’est surtout l’exercice même de notre liberté qui est ainsi requis.

Nous sommes appelés par Dieu à devenir créateurs à notre tour. Et quel est le type de création déjà à l’œuvre en Dieu? L’Amour bien sûr. C’est donc pour nous aussi la condition première pour devenir libres : faire comme Dieu, aimer… Il est important ici de s’arrêter un peu pour saisir jusqu’où va la désappropriation divine..

Accueillir l’Amour divin

Quand saint Jean, dans sa première épître, nous dit que c’est Dieu qui nous a aimés le premier, Il fait ensuite allusion à notre réponse qui consiste, à notre tour, à nous aimer les uns les autres.

Mais entre les deux types d’amour, il existe un abîme tel qu’aucun effort humain ne parviendrait à le combler. Comment donc pourrons-nous y arriver? Tout simplement par l’accueil de l’Amour divin.

« Aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force », c’est d’abord dire oui à son Amour premier. Dire « je t’aime » à Dieu, c’est Lui dire merci de m’aimer à ce point, et merci de me donner de L’aimer en retour. C’est là le premier commandement.

Et c’est seulement après avoir accueilli et intégré ce premier commandement que nous pouvons passer au second : aimer notre prochain comme nous-mêmes. Mais auparavant, nous aurons une autre étape à franchir dans notre relation à Dieu.

La circulation de nous à Dieu

Donner ce qui a été reçu

Les Évangélistes ont réalisé une puissante synthèse quand ils ont résumé la Loi et les Prophètes en deux commandements. Avant de pouvoir passer au second commandement – aimer son prochain comme soi-même -, il nous faut encore retourner à Dieu l’Amour inconditionnel qu’il nous prodigue. Il n’est pas question de retenir pour soi cette habitation divine.

L’Autre Je, plus grand que nous – Dieu -, ne doit en aucune façon devenir une possession que nous garderions jalousement pour nous, croyant par là nous hisser au-dessus des gens dits ordinaires.

Vivre dans l’Action de grâces

Rendre à Dieu son Amour, ce peut être très simplement reconnaître qu’en fait nous serons toujours déficitaires dans une telle transaction. Alors humblement Lui dire quand même merci et nous constituer débiteurs à vie. Une telle reconnaissance ne nous sera jamais sujet à inquiétude. Comme dit saint Paul : « En Lui j’ai mis ma confiance et je sais qu’elle ne sera pas déçue. » S’il nous prenait cependant l’idée incongrue de féliciter Dieu pour son don total de Lui-même, pour ensuite nous vautrer dans l’amour déréglé de nous-mêmes, la contradiction serait telle que toute notre vie serait en porte à faux.

Ah! Nous pourrions facilement réussir – humainement, et encore… – notre vie de cette façon, car nous savons que l’Amour divin est inconditionnel et totalement miséricordieux. La contradiction pourrait même échapper aux yeux de tous, excepté aux nôtres et à ceux de Dieu. Mais le problème qui serait nôtre consisterait en un grand vide intérieur. Nous serions habités par nous-mêmes, autant dire par le néant.

Devenir ce que Dieu est, grâce à Lui

« Je est un autre », disait Rimbaud repris par Zundel. En Dieu, c’est par nature que Je est un autre, puisque aucune des trois personnes ne garde rien pour soi. Toute son existence tient dans sa relation d’Amour.

En nous, c’est par grâce que « Je » peut devenir un autre, peut devenir divin en somme. Tant que nous ne nous vidons pas de notre « moi préfabriqué » qui nous entretient dans la vanité de notre vie, nous ne laissons pas Dieu utiliser en nous son « Je » créatif, son « Je » d’Amour et de libération.

Habités par un Amour libérateur

Dieu nous habite et c’est une habitation d’Amour. Même si nous pensons notre vie sans Dieu, même si nous croyons pouvoir nous suffire à nous-mêmes, même si nous avons la conviction de ne devoir notre existence qu’à nous-mêmes, même si nous ne voulons dépendre d’aucun créateur, même si nous voulons finalement que Dieu n’existe pas, nous sommes habité(e)s par son Amour.

Amour respectueux de notre liberté certes, mais Amour infini qui n’attend que notre acquiescement pour nous délivrer de notre asservissement aux différentes idoles qui sollicitent notre attention dans un monde de plus en plus matérialiste.

Voici quelques affirmations choc de Zundel (p. 64) pouvant stimuler notre prise de conscience de notre part créatrice dans notre relation à Dieu :