Les sources de la catéchèse Catéchète aujourd’hui

Jésus Christ, la Parole de Dieu, la Tradition et la liturgie sont les sources de la catéchèse. Pour être catéchète aujourd’hui, il est nécessaire de les ressaisir.

Comment exercer le ministère de catéchète pour qu’il soit une réponse inventive et novatrice face aux multiples défis de l’évangélisation dans la société contemporaine?

Mémoriser des vérités à croire et des règles morales à observer ne suffit plus. Dans le contexte actuel, il est essentiel de s’abreuver aux sources mêmes de notre foi qui sont également celles de la catéchèse :

Jésus-Christ

La 1ère source, ou mieux, la source des sources, c’est Jésus-Christ, dans le mystère de sa vie, de sa mort et de sa résurrection. Le centre de notre foi n’est donc pas une vérité à croire, c’est quelqu’un. En Jésus, Dieu s’incarne dans notre condition et prend visage humain.

C’est grâce au Christ que nous, chrétiens, pouvons entrevoir le visage de Dieu et sentir en nos cœurs l’amour incommensurable qu’il a révélé en son Fils. La personne, les paroles, les actions, la mort et la résurrection de Jésus sont pour ses disciples la manifestation du don d’amour sans mesure du Père.

De plus, Jésus Christ est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). « C’est en marchant avec le Christ que l’on peut conquérir la joie, la vraie joie » disait Jean-Paul II en réponse à la soif de vivre des jeunes (JMJ, Toronto, 23 juillet 2002). La communion au Christ nous ouvre à des perspectives nouvelles :

Singularité de la catéchèse

La mission de la catéchèse est de favoriser la rencontre du Christ vivant et la communion à son mystère. La catéchèse est donc christocentrique. Pour les Pères de l’Église, c’était essentiel : à leurs yeux, l’histoire entière convergeait vers le Christ. En catéchèse, il doit devenir pédagogiquement manifeste que c’est le mystère de la mort-résurrection du Christ qui fonde et éclaire tout le reste.

Certains courants récents de la catéchèse actuelle ont compris cela et ont changé la séquence de présentation de la foi chrétienne en commençant par l’incarnation, la vie, la mort et la résurrection du Fils de Dieu au lieu de commencer par la création, le péché originel, l’attente d’un sauveur, et les grandes figures de l’Ancien Testament, comme Abraham et Moïse. Cela, afin de bien montrer que le Christ et le projet du Père réalisé en Lui sont fondateurs de notre foi et sont, dans une perspective chrétienne, plus originels que le péché (Cf. Genèse 3).

Dans cette même perspective, les évêques du Québec écrivaient : la rencontre du Christ « amène à se déplacer, à se détourner de tout chemin de mort pour se tourner vers le Dieu de vie. Elle entraîne la marche à la suite du Christ, notamment en se faisant proche de personnes auxquelles le Christ s’est identifié le plus expressément : les affamés, les étrangers, les appauvris, les malades, les prisonniers (Mt 25,31-46). Elle conduit à communier au mystère pascal et à la vie trinitaire » (Jésus Christ chemin d’humanisation, p. 12-13).

La Parole de Dieu

La Parole de Dieu est la 2ème source fondamentale de la catéchèse. La Parole de Dieu est centrale pour le catéchète.

Le Directoire général pour la catéchèse précisait : « La source de la Parole de Dieu et les sources qui en découlent et par lesquelles elle s’exprime, dictent à la catéchèse les critères pour transmettre son message à tous ceux qui ont mûri leur décision de suivre Jésus-Christ » (DGC 96).

Jésus, Verbe fait chair

Pour nous, chrétiens et chrétiennes, Dieu s’est fait Parole en Jésus Christ. Ses paroles, ses actions, et sa mort-résurrection sont pour nous paroles qui interpellent, entraînent et mettent en marche. Cependant, pour que le texte évangélique devienne Parole vivante, il faut qu’il soit reçu dans le cœur du croyant. Le texte biblique, en tant qu’écriture consignée dans un livre, n’est pas en soi Parole de Dieu qui agirait de façon magique. Il ne faut pas confondre Parole de Dieu et Écriture.

Interaction entre le croyant et l’Écriture

La Parole de Dieu se construit dans l’écoute active du croyant et le dialogue qui s’instaure entre lui et la Bible considérée comme expérience de foi du Peuple de Dieu (Ancien et Nouveau Testament). De fait la Parole de Dieu naît et grandit en nous et avec nous si nous acceptons qu’elle résonne dans nos cœurs et qu’elle y porte du fruit sous l’action de l’Esprit Saint. « La Parole sortie de la bouche de Dieu retourne à lui dans la parole et l’agir de ceux et celles qu’elle a fécondés (Is 55,10-11; Mc 4,1-9) » (Jésus Christ chemin d’humanisation, p. 25).

L’univers, autre lieu de la Parole

Sous l’impulsion de l’Esprit Saint, Dieu parle aussi par tous les êtres de sa création : les personnes, les événements et l’ensemble de l’univers. La Parole de Dieu jaillit ainsi dans l’ordinaire de la vie grâce à l’Esprit de Dieu qui est à l’œuvre dans l’univers.

Mais pour nous, chrétiens et chrétiennes, c’est l’Écriture Sainte qui est la norme d’interprétation de ces signes de l’Esprit et le critère de leur authentification comme Parole de Dieu. Et finalement, c’est dans la communauté chrétienne que peut s’effectuer le discernement de ce que Dieu veut nous dire à travers les personnes et les « signes des temps ».

Pour une plus grande place à l’Écriture

Il m’apparaît qu’il va falloir considérer sérieusement ces questions.

Car les résultats de la science biblique contemporaine ne sont pas nécessairement entrés dans nos mœurs, et encore moins leur utilisation dans la catéchèse. A-t-on développé chez nous l’aptitude à lire l’Écriture et à l’actualiser de façon à ce qu’elle soit Bonne Nouvelle pour nous et pour les gens du milieu?

Les grands témoins de la Tradition

Une autre source importante de la catéchèse se trouve dans la Tradition vivante (L’Église et ses témoins). L’histoire de l’Église manifeste la façon dont les chrétiens et les chrétiennes ont compris et diffusé l’Évangile.

Le trésor de la Tradition se retrouve dans tous les aspects de la vie humaine et chrétienne : témoignage des saints, spiritualité, théologie, liturgie, arts, etc. Ce trésor contient une foule d’outils et de modèles (tels les saints comme Augustin, Jérôme, Benoît, François d’Assise, Ignace de Loyola, Mère Thérésa) pour interpréter le monde et la vie à la lumière de la foi.

Ce trésor contient aussi les dogmes. Les dogmes se présentent comme une clarification de la Révélation contenue dans les Saintes Écritures. Ils indiquent pour le moins une orientation et constituent en quelque sorte des balises pour marquer la direction du chemin.

Pour une réinterprétation des dogmes

Plusieurs théologiens contemporains attirent toutefois l’attention sur la nécessité de réinterpréter les dogmes dans un nouveau contexte, différent de celui dans lequel ils ont été formulés. Les dogmes sont coulés dans une enveloppe culturelle particulière, celle d’un temps précis. Si on accepte d’interpréter l’Écriture Sainte en tenant compte du contexte social et culturel du temps, pourquoi ne pourrait-on pas en faire autant à propos des dogmes?

Par exemple, le dogme du péché originel tel que formulé au Concile de Trente est difficilement acceptable tel quel, sans une ré-interprétation plus fidèle au sens biblique originel et plus compréhensible à l’intelligence contemporaine. Il n’est pas question ici de nier les vérités exprimées dans les dogmes, mais de revisiter ceux-ci pour les rendre compréhensibles à un esprit moderne. Il y va du respect de l’intelligence humaine.

Le cœur de l’Évangile

Depuis la Réforme du 16ème siècle, l’Église a cumulé doctrine sur doctrine, précepte sur précepte, au point que l’Évangile de Jésus est devenu un volumineux catéchisme. La foi chrétienne est relativement simple, quoique très exigeante; la religion catholique est encombrée de multiples éléments où il n’est pas toujours facile de discerner l’essentiel.

À mon avis, il est impérieux que les chrétiens et les chrétiennes soient capables de discerner l’essentiel de la foi chrétienne et de l’annoncer comme une Bonne Nouvelle pour les hommes et les femmes de notre temps.

Être capable de rendre compte de sa foi, ce n’est pas d’abord une aptitude à répéter les multiples articles d’un volumineux catéchisme, si prestigieux soit-il. C’est d’abord être capable de témoigner en paroles et par toute sa vie que Jésus-Christ et son Évangile sont chemin de vie : « Je suis venu, dit Jésus, pour que les humains aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10).

La liturgie

Enfin la 4ème source de la catéchèse se trouve dans la liturgie. Le document Jésus Christ chemin d’humanisation le rappelle, les évêques ayant tenu à souligner qu’elle « permet de célébrer et de s’ouvrir au mystère du Christ » (p. 72). À ce seul titre on comprendra son importance.

Le rapport entre catéchèse et liturgie

Il est néanmoins nécessaire de mentionner que le rapport existant entre liturgie et catéchèse a quelque chose de paradoxal. L’entrée dans l’univers du culte et des rituels ne se fait pas sans une certaine catéchèse, ce qui peut supposer qu’elle lui soit antérieure. Par ailleurs, la liturgie a ce pouvoir de donner à voir le mystère, de le toucher du doigt en quelque sorte.

C’est bien ce qu’avaient compris les Pères de l’Église. Ils préféraient prolonger par une catéchèse tenant davantage du discours ce que la liturgie, d’abord du domaine de l’expérience, manifeste ou donne à voir. En ce sens, la liturgie précède la catéchèse.

Mais encore faut-il avoir pris la juste mesure de ce qu’elle a à offrir et des exigences qui lui sont propres. Entrer dans l’univers de la liturgie c’est accéder à un monde délicat. Et trop souvent on lui fera le reproche d’être trop facilement décollée de la réalité.

Se relier au sacré

Pourtant les ancrages ne manquent pas. Le deuil, la mort, la maladie, la naissance, l’amour, le besoin de réconciliation, une démarche initiatique… offrent des espaces permettant l’émergence du sacré. La fonction première de la liturgie, comprise au sens d’un service communautaire, consiste alors à offrir une expérience de mise en communion avec le sacré et d’en permettre la lecture. Pour un chrétien, ce sacré cache en son cœur le Dieu de Jésus Christ.

Un langage symbolique au service de la communion

Mais ce qui fragilise l’approche liturgique et qui en fait tout à la fois son intérêt concerne son mode propre d’expression, le symbole. On sait, par exemple, le pouvoir évocateur d’une simple bougie. L’action symbolique, mieux l’acte de symbolisation, a pour fonction de faire le pont.

Le mot symbole vient d’un verbe grec et exprime tout à la fois l’action de réunir, tresser, rencontrer, joindre, reconstituer, recomposer. Il conduit à un monde bien concret d’intime communication.

Catéchèse, relecture de la liturgie

Le Christ ressuscité n’est plus visible à nos yeux de chair. Il y a certes là une perte, mais sa présence devient palpable dans la parole annoncée, célébrée et vécue. Si elle accomplit bien son service, la liturgie a ce pouvoir de conduire sur le terrain de l’expérience obligeant la foi à entrer en action, à se compromettre en quelque sorte. Elle lui en offre surtout la chance. Mais l’exercice portera tout son fruit dans la mesure d’une certaine relecture. Ce sera la fonction de la catéchèse ouvrant ainsi aux catéchètes un champ d’intervention privilégiant la vie, l’imaginaire, la poésie et la beauté.