Quand l’Église se retrouve à l’église – II Petit retour aux origines

Deuxième d’une série de cinq, cette capsule propose une clé de lecture pour comprendre l’eucharistie, celle du retour aux origines, alors que les premiers chrétiens fidèles à participer au repas du Seigneur et à la fraction du pain se retrouvent autour d’une table familiale. Par ailleurs assez rapidement il faudra songer à créer des espaces propres au culte.

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Tout de même particuliers ces lieux qui accueillent l’Église quand elle se retrouve à l’église. On sait bien qu’une église est d’abord destinée à la célébration de la messe. C’est ce que nous dit son aménagement intérieur tout comme son mobilier. Mais au fait de quoi s’agit-il?

Pour y répondre, un petit retour aux origines s’impose. Un simple survol des Écritures, nous rappelle qu’avant d’aller à la messe, les chrétiens ont d’abord été fidèles à la fraction du pain et à partager le repas du Seigneur.

On y apprend aussi que si la Cène, la cena en latin « le repas », le repas du Jeudi saint voit l’institution de l’eucharistie, on réalise que c’est l’épisode d’Emmaüs qui en fonde la pratique.

C’est lui qui inspire ce que saint Jean Chrysostome appellera plus tard la Divine Liturgie dont nous sommes héritiers à travers les âges.

Le repas rituel autour de la table familiale était une pratique courante chez les juifs et l’est encore aujourd’hui dans leur tradition liturgique.

Se rappelant que les premiers chrétiens sont des juifs et des juifs pieux ils n’ont pas été étonnés d’entendre Jésus les inviter à refaire le geste du dernier repas pour se souvenir de lui, un geste à reprendre autour d’une table familiale dans le cadre d’un repas rituel.

Et c’est bien dans ce contexte que naît la pratique de l’eucharistie qu’on appelait alors la fraction du pain. Rappelez-vous, c’est au livre des Actes. On disait des premiers chrétiens qu’ils étaient fidèles à la fraction du pain. Paul, lui dans ses lettres parle du Repas du Seigneur.

Tout ici parle de proximité, d’intimité, celle de la table de famille, celle de la table fraternelle, celle qui rassemble des amis, une pratique tellement dans le prolongement de la proximité même de celle que le Christ a vécu dans son incarnation. D’ailleurs le signe même des repas qu’il prenait, entre autres avec les pécheurs et pour lesquels on lui faisait de si vifs reproches, en est une éloquente traduction.

Par ailleurs quand on regarde nos lieux de culte, nos églises, il me semble qu’on s’est éloigné de cette intimité des origines. La raison en est bien simple, lorsqu’à compter du 4e siècle l’aventure chrétienne éclate et sort littéralement au grand jour, la table familiale et surtout son contexte ne peuvent suffire à répondre à la demande. De plus les rituels se sont développés. Il faut de toute urgence penser à aménager des espaces, à en construire même, ce qui ne fut pas sans influencer la pratique de l’eucharistie.

C’est ainsi qu’à Rome on commença à se rassembler dans des locaux publics assez vastes qui servaient à la fois de halle de justice, de marché public ou même de théâtre.

Ces locaux étaient munis d’un dispositif fort ingénieux qui permettait d’amplifier la voix. L’avant du bâtiment avait une forme semi-circulaire munie d’une voûte, qu’on appelle une abside. Ces locaux portaient un nom qui depuis le temps, nous est devenu très familier: c’étaient des « basiliques ».

Le dispositif s’étant trouvé bien adapté devint le modèle presque exclusif pour les lieux de cultes chrétiens destinés à célébrer le repas du Seigneur, du moins en Occident.

C’est ainsi que le nom profane de « basilique » a été littéralement sacralisé avec les années. L’empereur Constantin après sa conversion offrit au Pape un palais sur la colline du Latran et lui fit construire tout à côté une basilique spécialement pour le culte. Ce sera la toute première église. Elle fut dédiée au culte vers l’an 320, c’est d’ailleurs ce qu’on célèbre le 9 novembre de chaque année en la fête de la Dédicace du Latran.

Mais ce qu’on venait de gagner du côté pratique allait jeter lentement jeter le voile sur la dimension de proximité et d’intimité vécue aux premières heures de l’aventure chrétienne. La question n’est pas sans importance. C’est le sujet d’une capsule intitulée: Depuis 20 siècles.