Pour célébrer le Vendredi Saint

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Mise en espace des Sept dernières Paroles du Christ en croix


10 mars 2010


Pour qui cherche à renouveler sa prière du Vendredi Saint, voici une proposition d’activité articulée autour des sept dernières paroles du Christ. Elle s’inspire d’une tradition liturgique vieille de plusieurs siècles. Durée : une heure.

Présentation

Redécouvrir les Sept dernières paroles du Christ

Si la prière du vendredi saint s’articule d’abord autour du grand Office de la Passion célébré traditionnellement à 15 heures, on aime souvent ce jour là, se retrouver à l’église pour entrer plus avant dans le mystère du Christ souffrant. Certains s’y adonnent par la prière du Chemin de la Croix. On pourrait aussi le faire en méditant les Sept dernières paroles du Christ. L’occasion est toute choisie de les redécouvrir, de s’en approprier le texte et de renouer avec une très ancienne pratique liturgique.

Un espace de rencontre avec le Christ

Croix et bibleCette activité peut se vivre dans le cadre d’une expérience de contemplation, de prière et de silence. Une expérience d’écoute aussi, celle de la musique et bien sûr de l’Évangile, le tout prenant la forme de ce qu’on peut appeler un Espace Spirituel, espace de rencontre avec le Christ dans son ultime abandon.

Sa structure est toute simple. Après une présentation par la personne qui préside, des lecteurs proposent tour à tour l’audition des sept paroles remisent dans le contexte de leur présentation par les divers évangélistes. Cette proclamation est suivie d’une prière méditative inspirée de l’ouvrage de René Pageau, Les sept paroles du Christ, publié aux Éditions Anne Sigier et d’une plage instrumentale accompagnée d’un geste symbolique. Une prière finale vient conclure le tout.

Un mot sur les “Sept dernières Paroles”

Un peu d’histoire

Aux premiers siècles de l’aventure chrétienne, Les sept dernières paroles du Christ en croix constituait le coeur de la liturgie du vendredi saint. C’est au Moyen Âge qu’elles sont remplacées par le chemin de croix popularisé par les pèlerins et les croisés revenus de Jérusalem.

Tout de même, de nombreuses oeuvres musicales témoignent encore de cette liturgie. Aux plus connues comme celles de Schütz le réformateur de la musique luthérienne, de Haydn ou de Dubois, s’ajoutent aujourd’hui plusieurs oeuvres d’auteurs contemporains.

Des paroles qui parlent encore

Ces paroles sont celles d’un mourant, mais elles vivent toujours. La mort ne s’est pas refermée sur elles, réduisant à jamais le Christ au silence. Au contraire, comme l’écrit Jean, « la lumière luit dans les ténèbres, les ténèbres ne l’ont pas étouffée » (Jn 1,5).

Le silence du tombeau les rend plus percutantes encore, accentuant leur dimension paradoxale. Même empreintes de tristesse et de deuil, elles se tournent résolument vers la vie.

Des paroles qui témoignent de la richesse des évangiles

Bible et lumièreLes sept Paroles sont tirées des récits de la Passion ou chaque évangéliste, avec son expérience croyante et sa sensibilité propre, propose sa lecture des événements.

Si les quatre récits reposent sur un tronc commun explicite concernant la mort de Jésus et son interprétation, on y trouve pas moins des différences marquées.

En effet, les points de vue ne sont pas les mêmes, ce qui devient évident quand les récits sont mis en parallèle :

  • Chez Marc, Jésus tombe dans les abîmes de la solitude pour ensuite être justifié.
  • Pour Matthieu, Jésus est la victime innocente dont la responsabilité de la mort doit être assumée par un grand nombre.
  • Luc fidèle à son approche, nous révèle Jésus se souciant des autres et accordant son pardon avec bonté.
  • Dans l’évangile de Jean, le plus tardif de nos récits médité pendant tant d’années à la lumière de la résurrection, Jésus règne victorieusement du haut de la croix.

Le chiffre sept

On ne peut être insensible au fait que les dernières paroles de Jésus soient au nombre de sept. Un heureux constat qui n’a rien de magique mais qui donne à penser que ces paroles appartiennent à une sorte d’accomplissement, à la manière de la création. Les sept paroles sont, elles aussi, porteuses de plénitude.

Admirablement construites, elles s’ouvrent sur des paroles adressées au Père. En leur centre loge un cri de détresse provoqué par son absence. Elles se concluent en se tournant à nouveau vers lui. Fortes d’une grande intensité dramatique, elles ont en quelques mots, le pouvoir de nous dévoiler le Christ dans l’intégralité de sa souffrance, de ses doutes, de sa confiance et de son espérance.

Mise en espace

Aménagement

Dans la pénombre d’un sanctuaire entièrement dépouillé, prévoir…

  • Une grande croix nue judicieusement éclairée (elle pourrait être drapée avec sobriété).
  • Une ménorah ou sept bougies de bonnes tailles disposées bien en vue au pied de la croix.
  • Un lutrin pour les lecteurs placé près de la croix.
  • Neuf plages musicales d’une à deux minutes : une en introduction, sept pour accompagner chacune des paroles et une dernière pour conclure. Ici la musique instrumentale est nettement à favoriser compte tenu de l’abondance des paroles entendues. L’idéal serait de pouvoir compter avec un instrument solo : violon, violoncelle, harpe, cithare… Les plages seront toutes prolongées d’un bon moment de silence.

Intervenants

  • Une lecteur, une lectrice.
  • Une personne qui dirige la prière (si c’est un prêtre ou un diacre, il sera revêtu de l’aube et de l’étole).
  • Le musicien ou la musicienne qui pourra prendre place près de la croix.

Déroulement

Le président (ou la personne qui dirige la prière) accompagné du lecteur et de la lectrice entrent en silence et s’inclinent profondément devant la croix et se recueillent en silence.

Le président pourrait ensuite prendre place aux premiers rangs et se présenter devant l’assemblée uniquement pour la présentation et la prière d’ouverture, puis pour la prière de conclusion. Ses autres interventions pourraient être faites de sa place. Il serait alors opportun de le munir d’un micro baladeur.

Pendant la plage musicale qui suivra chacune de ses méditations, il ira allumer l’une des sept bougies. Lorsque les intervenants ont pris place, le musicien exécute sa première pièce.

Plage musicale

Présentation et prière (président)

Les voies sont multiples pour méditer la Passion.
Celle que nous vous offrons ce soir, nous donnera de plonger au cœur de ce mystère insondable, où le Fils de Dieu vient mourir d’une vraie mort d’homme, pour que meurt avec lui et la mort et le mal.

« Lui de condition divine ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu, mais au contraire il se vida de lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix »

C’est ainsi que saint Paul résume en quelques mots ce que le Vendredi Saint nous invite à méditer plus longuement. Nous l’avons fait cet après-midi, à l’heure sainte entre toutes, où nous avons célébré l’Office de la Passion.

Ce soir nous nous retrouvons au pied de la croix pour nous redire et prier les Sept dernières Paroles du Christ en croix. Sept paroles glanées dans les récits de la Passion, sept paroles devenues comme l’ultime testament de Jésus.

Chacune de ces paroles seront proclamées et suivie d’une prière. Des plages musicales les prolongeront pour nous aider à les intérioriser.

Cette rencontre aura la forme d’un Espace Spirituel. Je vous invite donc à écouter. Ce n’est pas souvent que l’écoute constitue votre seule participation, il s’agit pourtant là d’une voie importante pour accéder à la prière et à la contemplation. Vivons cette écoute avec intensité.

Levons-nous et prions :

Seigneur,
nous voici devant la croix, la croix de ton Fils,
image et souvenir de l’heure où la vie retourne à sa source,
image d’une immense défaite
d’où pourtant le jour a jailli.
Alors que nous nous redirons, une à une
les Sept dernières Paroles de ton Fils en croix,
pose sur nous ton regard
pour que cette heure nous apporte lumière et paix.

Amen

1re Parole – Lc 23,34

Lecteur 1

De l’évangile de Luc.

On conduisit avec Jésus deux malfaiteurs pour les exécuter avec lui. Arrivés au lieu dit en hébreu Golgotha, c’est-à-dire « lieu du crâne », ils le crucifèrent ainsi que les deux malfaiteurs l’un à droite et l’autre à gauche. Alors Jésus se mit à dire : « Mon Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font ».

Président

« Mon Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font… »

Sans fin Seigneur,
tu demandes au Père le pardon,
un pardon qui ouvre le cœur.

Un pardon large et généreux,
un pardon qui permet de
renaître sans cesse.

Privés de ton pardon,
nous vivons repliés,
dans nos prisons.

Mais, toi Seigneur,
sans fin,
et toujours,
tu demandes à ton Père le pardon.

Nous en avons tant besoin.
Encore et encore.

Amen.

Plage musicale

(N.B. : c’est ici, pendant la plage musicale, que la personne qui préside à la prière se rend lentement, allumer une première bougie. Elle fera de même pendant chacune des plages musicales prolongeant la prière et signifiant ainsi que la parole évoquée est toujours vivante et lumineuse.)

2e Parole – Lc 23,43

Lecteur 2

De l’évangile de Luc.

L’un des malfaiteurs crucifiés avec Jésus l’insultait, lui demandant de prouver qu’il est le messie en se sauvant lui-même.
L’autre malfaiteur chercha à le reprendre rappelant que leur sort n’était que justice alors que Jésus n’avait rien fait de mal.
Comme celui-ci lui disait : « Souviens-toi de moi dans ton Royaume », Jésus lui dit : « En vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ».

Président

« Tu seras avec moi en paradis… »

Comment l’amour pourrait-il résister
quand l’espérance dicte une prière?

Alors, Seigneur,
souviens-toi encore,
souviens-toi de chacun de nous,
souviens-toi que nous sommes
pauvres et fragiles,
souviens-toi que nous avons tant de mal
à rendre ce monde plus humain,
souviens-toi de ceux que la vie désespère,
souviens-toi aussi de ceux qui espère contre toute espérance.

Oui, Seigneur,
souviens-toi de nous dans ton Royaume
et redis-nous l’aujourd’hui de ton Amour.

Amen.

Plage musicale

3e Parole – Jn 19,26

Lecteur 1

De l’évangile de Jean.

« Femme voici ton Fils…, voici ta mère »
Près de la croix de Jésus se tenait sa mère,
avec la sœur de sa mère, Marie femme de Céophas,
et Marie-Madeleine.
Jésus voyant sa mère, et près d’elle le disciple
qu’il aimait, il lui dit :
« Femme voici ton Fils. »
Puis il dit au disciple :
« Voici ta mère. »
À partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Président

Toi Marie, la favorisée de Dieu
depuis toujours tu habitais le cœur de Dieu.

« Voici ta mère, voici ton fils »

Des mots tout simples,
trop simples peut-être,
et tu deviens ma mère,
la mère de ma mère,
et moi, je deviens ton fils,
le fils du Père, le fils et la fille de l’Église.

Par toi Marie,
j’entre dans la grande famille trinitaire.

À bout de souffrance,
entre le dernier souffle de la chair
et le premier soupir de l’âme,
au cœur de l’abandon,
Jésus se dépouille encore.

Amen.

Plage musicale

4e Parole – Mt 27,46

Lecteur 2

Les grands prêtres se moquaient :
« Il en a sauvé d’autres qu’il se sauve lui-même »
Il a mis en Dieu sa confiance que Dieu le délivre.
Même les bandits crucifiés avec lui l’injuriaient
de la même manière.
À partir de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre,
jusqu’à trois heures.
Vers trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte :
« Eli, Eli lama sabactani », ce qui signifie :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

Président

« Pourquoi m’as-tu abandonné… »

Tu as vécu, Seigneur, dans ta chair d’homme,
l’effroi d’être abandonné par le Père.
Après tant d’abandons humains et fraternels
ton cri jaillit comme une blessure.
Incroyable détresse de la solitude!
Doute omniprésent et revers de confiance!

Voilà que ton visage nous est donné à voir
avec toute la clarté de sa vérité
dans le visage des abandonnés.
Voilà que tu nous rejoins dans nos solitudes
quand la nuit nous enferme dans nos incroyances.

Mais je sais, Seigneur, que le soleil de ton Esprit
se lèvera toujours sur la nuit
et qu’en ta présence nul n’est abandonné.

Amen.

Plage musicale

5e Parole – Jn 19,28

Lecteur 1

Dans le tragique psaume 21, le psaume du serviteur souffrant,
on peut lire au verset 16 :
« Mon cœur est comme la cire,
Il fond au milieu de mes entrailles,
Ma vigueur a séché comme l’argile,
Ma langue colle à mon palais. »
Ce psaume Jésus l’avait prié.
C’est pourquoi :

   Sachant que dès lors tout était achevé,
   et pour que l’Écriture soit accomplie jusqu’au bout,
   Jésus dit : « J’ai soif ».

Président

« J’ai soif… »
Deux fois, Seigneur, tu as eu soif.
Au seuil de ton ministère
lorsqu’au Puits de Jacob tu rencontres
la femme au sept maris,
et là, sur la croix.

« J’ai soif… »
Ton cri porte en écho celui des soifs qui me tourmentent :
Soif d’amour, soif d’amour vrai,
Soif de pardon, donné et reçu,
Soif de paix dans un monde déchiré par la guerre et la peur,
Soif de silence,
Soif de rencontres,
Soif de fraternité.

Seigneur, que ta soif éclaire nos soifs.
Et si parfois, sur le chemin, je me retrouve seul,
j’écouterai ton cri et le ferai mien.
Je te dirai « donne-moi à boire »
et je sais que l’eau dont tu as été privé
tu la laisseras jaillir comme autrefois pour la Samaritaine.

Amen.

Plage musicale

6e Parole – Jn 19,30

Lecteur 2

Pour alléger les souffrances de ceux qui allaient
mourir crucifiés, on avait l’habitude de leur faire
prendre une boisson vinaigrée.
Il y en avait là une cruche pleine.

   On fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout
   d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche.
   Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit alors :
   « Tout est accompli. »

Président

« Tout est accompli… »

Seigneur Jésus,
merci d’être venu accomplir la promesse,
merci d’être venu accomplir jusqu’à la croix
la volonté de celui qui t’a envoyé.

Et toi Père,
merci parce qu’en ce Fils
le salut nous est donné comme promis.
Et nous voilà comblés bien au-delà de nos attentes.

Tout est accompli,
parce que ton amour est toujours plus présent,

tout est consommé
parce que ton amour a un nom,

tout est fini
parce que ton amour est éternel,

tout est achevé
parce que ton Esprit est notre avenir.

Amen.

Plage musicale

7e Parole – Lc 23,46

Lecteur 1

Depuis midi jusque vers trois heures
les ténèbres avaient envahi la terre,
le soleil ayant disparu.
Alors le voile du sanctuaire se déchira par le milieu;
Jésus pourra un grand cri et dit :
« Père je remets mon âme entre tes mains. »
Sur ces mots, il expira.

Président

« Je remets mon âme entre tes mains… »

Christ et Seigneur,
entre la gloire de la Transfiguration
et la détresse de Gethsémani,
tu t’es vidé de toi-même.

En remettant ton âme, comme on donne son cœur,
c’est ta vie toute entière
que tu remets dans les mains de ton Père.

Cet ultime don tu fais
pour que renaisse éternellement l’humanité.

Ta dernière parole,
ton dernier souffle,
deviennent ainsi
la pierre d’assise de ton Royaume.

Seigneur Jésus,
comment t’en rendre grâce à jamais?

Amen.

Plage musicale

Dernière prière (président)

Pourtant, Seigneur,
Tu auras une ultime parole, une parole encore à se dire :
« Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps… »
Et c’est bien parce que tu as été fidèle à ta promesse
que nous avons pu nous retrouver ce soir pour nous redire
et prier tes Sept dernières Paroles.
Sept Paroles dites alors que la mort envahissait ton corps meurtri,
Sept Paroles devenues autant de lumières dans la nuit,
Sept Paroles nous rappelant que ta croix dessinent encore
entre ciel et terre le signe éternel de ton amour.

Amen.

Plage musicale

(La plage musicale terminée, les intervenants se retirent en silence)

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