Oser prier avec son vécu Ouvrir son cœur à Dieu

Voie d’intimité, la prière nous aide à nous enraciner au cœur de notre être et à vivre des relations profondes avec les autres.

Introduction

Qu’est-ce que prier? Pourquoi prier? Comment prier? Disons-le dès le départ, il n’existe pas de méthode qui corresponde parfaitement à mes besoins.

Les mystiques, ceux qui ont une grande expérience de la prière, peuvent bien nous partager en leurs mots leur expérience de Dieu ainsi que les chemins qu’ils ont parcourus afin de vivre l’intimité avec Dieu.

Bien que leur témoignage puisse me faire du bien et me donner des pistes, je suis invité à trouver ma façon personnelle d’entrer en relation intime avec Dieu.

On dit souvent à une autre personne…

Tous ces « je te prie » font appel à une demande d’acceptation de soi. Une demande suppliante et confiante dans la réponse de l’autre.

Pourquoi est-ce que je prie ?

Je prie afin de me pacifier.
Je prie afin d’être un artisan de paix.
Je prie afin d’être solidaire.
Je prie afin de faire de la place à l’Autre dans ma vie, à celui qui est plus grand que moi.
Je prie afin d’apprendre la confiance.
Je prie afin d’apprendre qui je suis dans le regard d’un Autre qui est « plus intime à moi-même que moi-même ».
Je prie afin de devenir plus humain.
Je prie afin d’être rempli de la présence de Dieu.
Je prie afin de créer un espace nouveau en moi.
Je prie afin de m’unifier et de faire taire mon tapage intérieur.
Je prie afin de devenir Parole de Dieu.
Je prie afin de porter l’humanité devant Dieu.
Je prie afin de manifester ma reconnaissance pour tout ce que je reçois gratuitement.
Je prie afin de découvrir l’Amour de Dieu pour moi.
Je prie afin d’écouter de ce qui monte du silence de mon être.
Je prie afin de me recentrer alors que je risque l’éparpillement et le morcellement.
Je prie afin de dire mon vécu, c’est-à-dire exprimer mes sentiments en présence de Dieu.

La prière personnelle? c’est prier avec mes propres mots, ceux-là même qui sont puisés à la « première bible » qu’est ma vie. Mon histoire de vie est sainte et sacrée. Dieu s’y révèle. Je relis mon histoire afin d’y découvrir toute la vie qu’elle renferme. Ma relecture devient prière.

La Bible qui raconte l’Histoire Sainte du Peuple de Dieu et la « bible qu’est ma vie » se renvoient l’une l’autre, s’éclairent l’une l’autre et même se confrontent l’une l’autre.

La prière et le ressenti

Prier, c’est aussi prendre le temps afin de réaliser un espace de silence et de paix en moi. Je m’arrête un instant lorsque j’éprouve de l’affolement ou lorsque ma vie m’échappe. Je me branche alors sur la paix et la sérénité qui habitent le cœur de mon être.

Il est bon de porter à ma conscience mon ressenti. Parfois l’expression de mon vécu ressemblera à une mélodie, parfois ce sera une véritable cacophonie, des sentiments disparates cherchant à se faire entendre en même temps. Entendre mes propres dissonances peut être pénible et même douloureux.

L’important sera de m’exprimer en présence de Dieu et de lui ouvrir mon coeur comme on peut le faire en présence d’un véritable ami. Les Psaumes constituent un bel exemple de l’expression des priants qui ont su ouvrir leur cœur à Dieu, en toute vérité.

« Seigneur, voici ce que je vis… » : prendre le temps de m’exprimer en présence du Dieu trinitaire, du Dieu de la relation :

« Toi qui est Lumière, aide-moi à voir plus clair en moi. » « Toi qui est la Paix, aide-moi à me pacifier. » « Toi qui est Profondeur, aide-moi à m’unifier. »

Prendre le temps de goûter le silence. Se mettre à écouter la « voix » de Dieu qui s’exprime par la voie de mes désirs les plus profonds.

Prier avec mes difficultés

Dieu avec nous

Une difficulté peut devenir source de progrès si je sais voir plus haut que l’obstacle rencontré. Une difficulté peut être vue comme un défi ou un passage où il est possible de grandir.

Bref, assisté par l’Esprit de Dieu, par l’Emmanuel, le « Dieu avec nous », il m’est possible de donner un sens à ce qui pourrait même ne pas en avoir. Le Seigneur est là pour m’éclairer et me soutenir. Il m’aide à grandir en toutes circonstances pour peu que je m’ouvre à son souffle.

Une expérience vécue

Je me souviens d’une expérience vécue au fond des bois avec des Amérindiens dans le nord de Sept-Iles. Par un beau soir de ciel étoilé, le chef me dit : « Nick, allonge-toi sur le sol, prends le temps de contempler le ciel et choisis une étoile. »

Après un long silence, le chef me dit : « Que ce soit le jour en plein soleil, par un ciel nuageux ou en pleine nuit, ton étoile est toujours là. Elle veille sur toi. Le jour comme la nuit, tu peux te confier à elle. Elle est toujours présente. Elle te suit partout. Elle te précède en tout. Quand tu fermes les yeux elle ne disparaît pas. Fie-toi à ton étoile pour avancer. »

Cette expérience m’a marqué. Je refais souvent cet exercice. Cela me procure la certitude que quelqu’un m’accompagne.

Garder la relation ouverte

Nous connaissons aujourd’hui les bienfaits de la prière. Des scientifiques la recommandent même afin de retrouver son équilibre.

J’ose prier avec mes mots, peu importe la tonalité employée. Mes cris peuvent prendre la teinte de la révolte, de la rage, de la colère, de la déception ou de l’angoisse. Peu importe mon vécu, l’important est de garder la relation ouverte.

Pas d’ouverture possible sans dialogue. Pas de guérison possible sans partage de mon vécu avec mes propres mots. Des mots qui parlent de ce que je vis et qui s’adressent à Celui qui m’aime, me regarde, me soutient et me comprend.

J’entends encore la prière d’une personne toxicomane et itinérante. Il osait crier sa révolte concernant son style de vie. Il maudissait les vendeurs de drogue et les friands de sexe. Il pleurait et exprimait sa douleur. Après quelques heures il m’avoua : « Je suis prêt à mourir. La paix m’est revenue. Je sens en moi une immense chaleur. Elle goûte bon. Je me demande pourquoi je ne l’ai pas trouvée avant. » Il mourra quelques jours plus tard. Il avait osé exprimé son vécu avec ses mots, des mots certes pas toujours agréables à entendre. Ses mots sont devenus source de libération. Sa prière a été exaucée.

Pas de dialogue profond sans intimité. L’intimité? c’est parler de soi à autre que soi. Se dire en présence d’un vis-à-vis.

Prier pour un regard neuf

Aujourd’hui, lorsque nous regardons notre monde et notre Église, nous sommes portés à douter fortement de l’avenir. Notre Église semble aussi malade que notre monde. Certains la voient à l’agonie, incapable de comprendre le langage du monde actuel et d’agir en conséquence.

La prière dans tout cela? On peut dire qu’elle change tout et ne change rien tout à la fois. Elle nous aide à poser un regard nouveau sur le monde. Par la prière, je découvre que Dieu agit encore dans notre monde comme il agit en moi. La prière me donne de discerner son action bienfaisante : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Grâce à la prière je peux vivre d’espérance.

Une relation entre amis sincères ne change pas le monde, mais elle change les personnes elles-mêmes. La prière m’ouvre à une plus grande intimité avec moi-même, avec les autres et avec Dieu.

Une amitié profonde ne se construit pas en quelques heures. Une amitié se nourrit d’échange, de partage et d’amour. Savoir vibrer au cœur de l’autre.

Quelqu’un qui fuit la prière dit fortement qu’il n’a pas de temps à perdre pour descendre dans son intimité. Il risque de devenir étourdi à l’instar de ce monde étourdissant. N’est-ce pas le problème de nombreuses personnes aujourd’hui? Il leur manque un point d’ancrage… et… sans point d’ancrage la personne s’affole et est soumise à tout vent. Ne trouvant pas ses racines, elle cherchera partout où planter sa tente.

La prière, en nous aidant à nous s’enraciner au cœur de notre être, saura nous apporter la profondeur que nous recherchons.

Rentrer chez Dieu comme en rentre chez soi

Rentrer chez Dieu comme on rentre chez soi
Au bout de chaque jour, au bout de nos voyages
Et trouver près de Lui le repos de son cœur.
Apprendre auprès de lui ce que veut dire aimer
Et rallumer ce feu qu’il est venu répandre.
Savoir lui dire merci et demander pardon
Et l’embrasser sans crainte à la face du monde.
Chercher dans son regard à se perdre sans fin
Silence bienheureux des gens simples qui se comprennent.
Tristesse et joie de l’âme, angoisse et espérance
Passion et inquiétudes, tout, tout passe dans nos yeux.
Il sait tout, c’est vrai, il voit tout.
Pourtant, il attend que nos cœurs se posent dans le sien.
Rentrer chez Dieu comme on rentre chez soi.
Fatigué, consumé, mais capable d’aimer.
Être là, juste là.
Laisser tomber les bras et puis se laisser prendre quand il ouvre les siens.
Je t’aime Dieu.
Je t’aime plus loin que tout amour.
Plus fort que toutes fautes.
Et je me sais aimé, non pas tout seul
Mais bien avec tous ceux et celles que tu m’as confiés.
Ils sont là à mes côtés, et je te les apporte.
Qu’ils entrent eux aussi auprès de toi
Comme on rentre chez soi.
Texte de Robert Lebel (prêtre et auteur-compositeur-interprète)