Nous ne sommes pas seuls en nous-mêmes Un Dieu dont la Vie nous est proposée et confiée

Maurice Zundel nous rappelle que le vrai Dieu habite intimement le cœur de chaque être humain. Nous ne sommes pas seuls en nous-mêmes. Quelqu’un qui est la Vie éternelle même nous appelle librement à une vie de communion avec Lui. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. » (Saint Irénée de Lyon). Noël nous révèle le visage d’un Dieu étonnamment fragile dont la Vie nous est proposée et confiée.

Ces textes sont tirés de l’ouvrage intitulé Un autre regard sur l’homme (p. 126s et 128s), Paris, Le Sarment/Fayard, 1996, de Paul Debains, s.j., qui regroupent les notes provenant d’une centaine de retraites prêchées par Maurice Zundel. D’autre part, il est possible d’avoir accès à ces textes à partir des pages 59-60 de l’excellent ouvrage d’Emmanuel Latteur o.s.b. intitulé « Les minutes étoilées de Maurice Zundel – L’éveil à la Présence », Éditions Anne Sigier, 2001, 495p.

Un cœur ne peut se révéler qu’à un cœur

Il y a un je universel, un je qui est caché au fond de toute âme humaine, un je qui nous rassemble, un moi qui nous établit en communication, un moi fragile, secret silencieux, comme la flamme du cierge, et c’est là le vrai Dieu, et il n’y en a pas d’autre…

Un Dieu fragile, infiniment fragile, au point qu’on l’oublie si facilement, car la moindre distraction suffit en quelque sorte à nullifier et à anéantir son existence aux yeux de notre grossière conscience qui demeure emprisonnée dans le sensoriel.

De temps en temps, pourtant, quand il y a un moment de profond et total silence, alors tout d’un coup le fond de l’être apparaît, le vrai visage se révèle, la vie commence, l’âme naît et, à travers l’âme qui naît, c’est Noël, car Dieu manifeste lui aussi son Visage.

Il ne peut pas le faire autrement. Tout ce qu’on peut savoir de Dieu, on le sait par l’homme.

Car Dieu est une Personne, il est une intimité. Il est Quelqu’un, il est un Cœur, et un cœur ne peut se révéler qu’à un cœur, et une personne ne peut manifester son secret qu’à une personne, et une Présence réelle ne peut être prouvée que par l’élan du cœur qui répond à son appel (p. 126s).

Il n’y a pas d’autre problème pour nous que de sauver en nous cette vie d’un autre

En un instant, la Présence peut s’effacer en nous parce que, si elle pénètre jusqu’au fond de nous-mêmes, si elle nous délivre, nous éclaire et nous apaise, elle est aussi d’une fragilité infinie.

Un souffle suffit pour éloigner, pour effacer ce vrai Dieu si intimement présent en nous et si uniquement révélateur de l’homme et de l’univers.

Et si l’on prend conscience de cette fragilité, si on sent cette responsabilité qu’on porte, cela suffit pour comprendre qu’il n’y a pas d’autre problème pour nous que de sauver en nous cette vie d’un autre.

Il n’y a pas d’autre problème pour nous que de revenir toujours à cette lumière merveilleuse qui nous montre que nous ne sommes pas seuls en nous-mêmes et que ce n’est pas nous qui comptons, mais lui, lui qui est la vie éternelle.

On ne peut pas surmonter les passions humaines si ce n’est aujourd’hui, maintenant et à l’instant même, pour vivre d’une vie infinie déjà là, mais d’une vie infinie fragile et qui dépend, pour s’affermir en nous et à travers nous, de la fidélité d’aujourd’hui (p. 128s).

C’est aujourd’hui qu’il faut s’enraciner dans la vie éternelle.