Notre principale lettre de créance Identité et mission fondamentale de l’Église

La principale lettre de créance que nous pouvons présenter à nos contemporains pour témoigner du Dieu de Jésus-Christ, c’est la liberté qui nous vient du Christ et qui doit notamment être vécue à l’intérieur de l’Église. (p. 95)

Cet article a été rédigé à partir de l’ouvrage « La fragilité de Dieu selon Maurice Zundel – Du Dieu du Moyen Âge au Dieu de Jésus-Christ » (p. 85-103) par Ramón Martínez de Pisón Liébanas, Éditions Bellarmin, 1996, 194 p.

Qui est l’Église?

L’Église est la communauté vivante des disciples du Seigneur Jésus-Christ. (p. 86)

L’Église est appelée à être signe et sacrement du Christ, Lui qui est solidaire de ses frères et ses sœurs. (p. 89)

L’Église? C’est chacun d’entre nous. (p. 90)

La mission fondamentale de l’Église

Photo par Kate Macate (unsplash.com)

L’Église a essentiellement comme mission de donner Jésus ressuscité au monde. (p. 87)

Or pour dire Jésus et Dieu aujourd’hui, il n’y a pas meilleur langage que celui du témoignage où l’agir est en accord avec la parole.

Tous dans l’Église, de haut en bas de la hiérarchie, partagent la même vocation fondamentale avec une égale responsabilité : rendre témoignage et être la transparence de Jésus-Christ dans la fraternité. (p. 90)

La réforme de l’Église et la modernité

Exiger une réforme de l’Église en oubliant notre propre transformation n’a pas de sens.

L’Église, c’est notre affaire à tous. (p. 92)

Cependant, pour se transformer, il importe avant tout de se laisser transformer par le Christ et de découvrir le visage du Dieu qu’il révèle.

Un trait de la modernité est une forte aversion à l’endroit de tout ce qui écrase la personne humaine.

De plus, l’homme moderne aspire à l’autonomie, à l’usage libre de son intelligence ainsi que de son pouvoir d’initiative. (p. 94)

L’homme moderne s’oppose au Dieu de la théocratie, c’est-à-dire au Dieu extérieur et contrôlant auquel il faudrait se soumettre.

Or comme le souligne Maurice Zundel, le Dieu révélé en Jésus-Christ n’est précisément pas un pouvoir, mais bien plutôt une Lumière. (p. 94)

La découverte du vrai Dieu nous situe sur un autre plan que l’opposition « hétéronomie (théocratie) versus autonomie (aspiration moderne) » pour celui de la théonomie (Dieu à l’œuvre en nous, avec nous).

Saint Augustin exprime à merveille l’expérience de la théonomie où le Dieu intérieur est une Source vivifiante au cœur de son être : « Toi, tu étais plus intime que l’intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de moi-même. » (III, 6, 11)

Bien tard je t’ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée!
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c’est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais!
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas!

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité;
tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi;
j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.

Quand j’aurai adhéré à toi de tout moi-même,
nulle part il n’y aura pour moi douleur et labeur,
et vivante sera ma vie toute pleine de toi.
Mais maintenant, puisque tu allèges celui que tu remplis,
n’étant pas rempli de toi je suis un poids pour moi.
Il y a lutte entre mes joies dignes de larmes
et les tristesses dignes de joie;
et de quel côté se tient la victoire, je ne sais.
Il y a lutte entre mes tristesses mauvaises
et les bonnes joies;
et de quel côté se tient la victoire, je ne sais.

Ah! malheureux! Seigneur, aie pitié de moi.
Ah! malheureux! voici mes blessures, je ne les cache pas :
tu es médecin, je suis malade;
tu es miséricorde, je suis misère.
N’est-elle pas une épreuve, la vie humaine sur la terre ? […]
Et mon espérance est tout entière uniquement
dans la grandeur immense de ta miséricorde.
Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux. […]
Ô amour qui toujours brûles et jamais ne t’éteins,
Ô charité, mon Dieu, embrase-moi!

Confessions, X, 27, 38-29, 40
BA 14, p. 209-213.

Tout comme Saint Augustin, pour découvrir le Dieu qui nous libère, « il nous faut changer de Dieu » en quelque sorte et renoncer au Dieu de la théocratie. C’est l’unique façon d’arriver à une vraie réforme de l’Église en plus de présenter au monde moderne un visage de Dieu qui soit à la hauteur de ses aspirations. (p. 102)

Le Dieu de Jésus-Christ n’est pas un pouvoir, mais une Lumière

Le Dieu de la théocratie, c’est celui qui est conçu comme une autorité suprême qui prétend nous soumettre. C’est précisément cette hétéronomie que rejette l’homme moderne, lui qui aspire à l’autonomie.

Or le Dieu qu’a découvert Saint Augustin, tout comme Maurice Zundel, est un Dieu personnel, une Lumière, une vérité qui est Quelqu’un, une Source au cœur de notre être ainsi que la Liberté même. (p. 95)

Loin de perdre notre liberté à son contact, c’est plutôt le contraire qui se produit : nous devenons libres, car il nous guérit de nous-mêmes :

L’Évangile nous libère du Dieu de la théocratie. Il nous révèle un Dieu à l’extrême opposé de la contrainte, de l’usage de la peur ou de la menace. (p. 95)

Dieu ne nous impose pas son amour, il peut seulement nous inviter à l’accueillir et à lui répondre par notre propre libération. (p. 99-100)

La liberté nous vient du Christ

C’est la communion avec le Christ, à l’intérieur de l’Église, qui garantit la liberté. Tout ce qui n’est pas Lui n’est pas l’Église. (p. 96)

Cette liberté est l’aboutissement d’un processus de libération de toute contrainte externe et interne dans le but de favoriser l’ouverture à l’Autre qui nous habite. (p. 96-97)

La véritable lumière, ce n’est pas l’Évangile écrit et détaché de la personne du Christ, mais bien la présence vivante de Jésus. (p. 97)

« Ma vie, c’est le Christ », disait Saint Paul.

L’originalité du christianisme est précisément de nous présenter une Personne, plutôt qu’une doctrine, et de nous offrir une Lumière sans mélange à travers une Humanité sans frontière.  (Maurice Zundel, La pierre vivante, p. 39).

L’incroyance est une question posée à l’authenticité de notre foi

La seule réponse efficace que nous puissions donner au monde moderne est une vie transfigurée par la Présence divine et si libérée de soi qu’elle devienne pour autrui un ferment de libération. (p. 97)

« Nous n’avons rien à donner si nous sommes esclaves de notre « moi-complice ». Nous pouvons parler de Dieu toute la journée, c’est en vain. Il s’agit toujours d’un faux dieu si nous n’en vivons pas. » (p. 97)

L’authenticité de notre foi, par laquelle nous manifestons que Dieu est Amour et que l’Évangile est la révélation de la Lumière divine apportée par Jésus-Christ, est une exigence personnelle et communautaire. (p. 98)

L’évangélisation ne se réalise pas seulement en s’adressant aux destinataires du message, mais aussi en regardant l’évangélisateur et le contenu de son message. (p. 103)