Marie, signe par excellence de l’amour maternel de Dieu Appelés à l’art du « prendre soin »

Nous sommes appelés à une forme de paternité et de maternité à l’image de Dieu où les petits gestes peuvent faire toute la différence, dans notre vie comme celle des autres.

Cet article a été rédigé à partir de l’ouvrage « La fragilité de Dieu selon Maurice Zundel – Du Dieu du Moyen Âge au Dieu de Jésus-Christ » (p. 56-66) par Ramón Martínez de Pisón Liébanas, Éditions Bellarmin, 1996, 194 p.

Marie, image de la divine tendresse

Ceux qui ont eu le bonheur de connaître un véritable cœur de mère savent d’expérience à quoi peut ressembler un amour inconditionnel : un amour qui sait voir plus grand et plus loin que notre propre regard posé sur nous-mêmes.

Une véritable mère, par sa seule présence, nous élève, nous console, nous édifie et nous libère.

Dans la tradition de l’Église, Marie est l’image de la divine tendresse, par qui nous pouvons percevoir quelque chose de la maternité de Dieu, car Dieu est mère autant qu’il est père. (p. 61)

Celle que l’Église appelle la Très Sainte Vierge Marie est le sacrement de l’Amour maternel de Dieu. (p. 61)

L’amour de Marie, comme celui de Dieu, nous enveloppe de manière très personnelle, nous appelant chacun par notre nom, nous chérissant d’un amour singulier.

En présence du cœur de Dieu, point de numéros : il n’existe que des personnes uniques à aimer.

Dieu nous voit tous comme une mère ses enfants et trouve chacun de nous le plus beau du monde. (p. 63)

Thérèse de Lisieux et la découverte du Cœur de Dieu

Celle que l’on appelle Thérèse de l’Enfant-Jésus vivait à une époque janséniste ou Dieu était plus craint qu’aimé.

Or, la « petite Thérèse » que l’Église déclara docteur de l’Église en 1997, découvrit le visage d’un Dieu qui n’est que miséricorde.

La petite voie de confiance de Thérèse consistait notamment à se laisser aimer par Dieu et à faire appel à lui afin qu’il puisse lui donner ce qu’il désire donner à tous ses enfants, à savoir : sa vie, son amour, sa paix, sa force, son réconfort, son soutien et sa consolation.

Se laisser aimer par Dieu, c’est se laisser aimer par un Dieu-Père… au cœur de Mère.

Marie nous délivre d’une fausse image de Dieu

Trop de personnes, chrétiens compris, voient en Dieu un pouvoir dont ils dépendent, les domine ou les menace, plutôt qu’un Amour qui s’offre et qui les appelle en toute liberté. (p. 66)

Pour un croyant, la manière de concevoir Dieu a une grande incidence, car elle conditionne la nature de ses rapports avec Lui de même qu’avec ses semblables. (p. 66)

Si Dieu est mère autant qu’il est père, si Marie nous révèle quelque chose du cœur de Dieu, si Dieu nous habite et qu’il est tout sauf un Dieu Patriarche ou un Pharaon céleste, c’est que nous sommes, nous aussi, appelés à une forme de maternité, à l’image de Dieu. (p. 65)

La maternité ou l’art de prendre soin

Le mot « charité » du latin « caritas » (« cari » et « tas ») est exprimé à merveille par l’expression de langue anglaise « take care » qui signifie « prendre soin ».

Aimer, au sens évangélique du mot, c’est vivre de charité, c’est donc « prendre soin ».

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,39b), dit l’Évangile.

Une invitation qui prend la forme d’un commandement, non pas pour nous imposer quoi que ce soit, mais parce qu’il s’agit bien d’une question de « vie » ou de « mort » et que l’Évangile est du côté de la « vie en abondance » (Jn 10,10c).

Le « prendre soin » vise soi-même de même que les personnes que nous rencontrons. En toile de fond, c’est toujours Dieu qui est visé.

Aimer Dieu, c’est prendre soin de Lui, en nous et dans les autres.

En ce sens, Maurice Zundel nous invite à être, à notre tour, « mère » de Dieu.

Avouons qu’il s’agit d’une manière de parler à laquelle nous ne sommes pas trop habitués.

Seulement, s’il est vrai, comme l’a vécu Thérèse de Lisieux, que nous pouvons faire appel à Dieu en toute confiance, comme un enfant le ferait à son père ou à sa mère de qui il se sentirait tendrement aimé, le mouvement inverse est aussi vrai. Dieu a besoin de nous et de notre amour.

Le Dieu révélé en Jésus-Christ n’est pas un Dieu impassible

Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit. »
Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. (Jn 14, 8-10)

Pour un chrétien, Jésus de Nazareth est le Dieu invisible qui se dit en plénitude en un temps et un lieu donné.

Par ses paroles et encore plus par son être, Jésus nous révèle la psychologie et l’âme de Dieu.

Et que découvrons-nous?

Un être épris de vérité, de justice et de liberté. Un cœur tendre qui aime l’être humain.

Longtemps on nous a présenté un Dieu impassible, incapable de souffrir et d’être touché par ce que vit l’être humain.

Une conception encore largement répandue dans certaines spiritualités ou traditions religieuses.

Le Dieu de l’Évangile est bien différent : sa perfection n’est pas étrangère à sa grande capacité de compassion.

Ce n’est pas un Dieu qui manipule l’être humain, le contrôle à distance ou l’observe avec détachement du haut de sa tour d’ivoire.

Pour Maurice Zundel, le Dieu de Jésus-Christ est l’innocence même qui, plutôt que de vouloir ou permettre le mal, en souffre lui-même :

« J’enrage quand on dit que Dieu permet le mal. » (p. 63) (Maurice Zundel)

Bien au contraire, tout comme le Jésus de l’Évangile, le vrai Dieu combat le mal, car il est du côté de la vie.

À l’instar d’un cœur de mère, il est lui-même atteint par ce que nous vivons :

Dieu souffre d’une souffrance de compassion en s’identifiant avec nous, comme le fait comprendre l’image de la mère qui s’identifie à son enfant et souffre en lui, pour lui et plus que lui parce qu’elle sent dans sa charité l’état de misère de son enfant plus profondément que lui-même qui est privé de ces hautes lumières. (p. 62-63)

Appelés à la perfection de l’amour

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5,48)

L’Évangile nous appelle à la perfection, à l’image du Père au cœur de Mère.

Cette perfection n’a rien à voir avec un perfectionnisme qui pour sa part, dans sa forme pathologique, considère toute forme d’imperfection comme étant inacceptable.

L’Évangile nous invite à l’apprentissage de l’amour : c’est de cette perfection qu’il s’agit.

La « petite voie » de Thérèse

Thérèse de Lisieux désirait la perfection de l’amour, ce qui ne fait qu’un avec la sainteté, et pourtant, elle ne se sentait pas la force de faire des choses exceptionnelles dans la foulée de ce que l’on appelle communément les « grands saints ».

De fait, toute personne qui a lu la vie de saints, du moins ceux qui se retrouvent au calendrier liturgique, peut ressentir autant d’admiration que de découragement.

La vie chrétienne à son meilleur semble parfois être à la portée que de quelques privilégiés.

Thérèse de Lisieux, qui a pourtant été reconnue par l’Église comme une très grande sainte, a vécu elle aussi ce sentiment d’abattement que nous pouvons avoir en lisant la vie de grands saints.

En conformité avec son tempérament, Dieu la conduira sur une voie où les « grandes » choses se font dans les « petites ».

Une voie très actuelle où tous peuvent trouver matière à inspiration.

Quand le « grand » s’édifie dans le « petit »

Le peuple japonais, reconnu pour son souci de la qualité, pratique l’art du kaizen, ou amélioration continue.

Ce souci « d’analyse pour rendre meilleur » se traduit notamment dans le secteur manufacturier où la qualité est le mot d’ordre.

Ce que nous ne savons peut-être pas, c’est que cette philosophie très féconde va de pair avec la pratique des « petits pas ».

Un « petit » pas, une « petite » parole, une « petite » pensée, un « petit » geste peuvent faire toute la différence, car ils nous mettent sur la voie du changement dans notre vie comme dans celle des personnes que nous croisons sur notre route.

Toute grande réalisation a débuté et s’est édifiée à coup de petits pas.

« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. » Lao-Tseu

Dans l’apprentissage de l’amour et donc du « prendre soin », la pratique des « petits » pas est véritablement une bonne nouvelle, car elle nous rappelle que la sainteté est à notre portée :

Faire les petites choses avec grand amour…
Ce n’est pas combien de choses que nous faisons qui importe, mais combien d’amour nous mettons dans ce que nous faisons. Pour Dieu, rien n’est petit. (Mère Térésa)

Ne laissez jamais personne qui vient à vous repartir sans être plus heureuse et meilleure. (Mère Térésa)

La question la plus urgente et la plus persistante de la vie est : « Qu’allez-vous faire pour les autres? » (Martin Luther King Jr)

Vous ne pouvez vivre une journée parfaite sans faire quelque chose pour quelqu’un qui ne pourrait jamais vous payer en retour. (John Wooden, coach célèbre de basketball)

C’est mon devoir d’accomplir les petites tâches comme si elles étaient grandes et nobles. (Helen Keller)

Nous sommes appelés à une forme de paternité et de maternité à l’image de Dieu où les petits gestes peuvent faire toute la différence, dans notre vie comme celle des autres :

Apprendre à « prendre soin » à l’image du Dieu-Père au cœur Mère : pas après pas, initiative après initiative, création après création, décision après décision.

L’essentiel est de se mettre en route sachant que le « grand » s’édifie dans le « petit ».

Concluons par cette parole de Maurice Zundel qui souligne que prendre soin c’est également se disposer à recevoir ce que les autres désirent nous donner :

La plus grande douleur des pauvres est que personne n’a besoin de leur amitié.
Voilà le cri de celle qui ne se sent pas reconnue dans son intériorité, bref dans sa transcendance et sa capacité de générosité. (p. 62)