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Une femme de prière et d’action


29 novembre 2012

Madeleine Delbrêl – Une femme qui a su au cœur d’une vie bien remplie, allier prière et action. Madeleine Delbrêl a été une femme très engagée dans l’Église. Elle vivra son action apostolique comme laïque et célibataire.

Présentation

Madeleine Delbrêl (1904-1964)Une femme de prière et d’action.

Madeleine DelbrêlMadeleine Delbrêl a été une femme très engagée dans l’Église. Elle vivra son action apostolique comme laïque et célibataire.

Elle vivra en France et connaîtra les deux grandes guerres du siècle dernier. Elle connaîtra aussi l’arrivée du mouvement des prêtres-ouvriers, des prêtres qui travaillèrent en usine pour une Église plus près des ouvriers.

Elle assistera aussi à la montée du communisme militant qui combattait pour l’établissement d’une société plus juste envers les pauvres et les ouvriers.

Dans sa jeunesse elle sera très douée en poésie et elle gagnera même le prix Sully-Prudhomme. Elle fera également des études en philosophie. Elle se proclamera, à cette époque de sa vie, une personne athée. « Dieu est mort, vive la mort! » écrira-t-elle dans Nous autres, gens des rues. Seuil, 1966.

Un parcours de conversions

Son parcours spirituel sera celui d’une conversion en trois étapes.

Un goût soudain de la prière

Christ en croixLa première conversion suscitera en elle d’un goût soudain de la prière. Celui-ci lui viendra de deux épreuves dans sa vie :

  • Elle tombera amoureuse d’un jeune homme, Jean Maydieu, qui la quittera pour devenir dominicain.
  • Son père deviendra aveugle. Madeleine, enfant unique, se voit donc prise avec des responsabilités et bien seule…

« À vingt ans une conversion violente suivit une recherche religieuse raisonnable » écrit-elle dans Nous autres, gens des rues, Seuil 1966.

Une rencontre marquante

Un peu plus tard, elle fera une rencontre qui sera marquante dans sa vie. Il est intéressant de constater que dans plusieurs grandes histoires de sainteté il y a eu des rencontres qui sont des signes de Dieu en vue d’une plus grande liberté et d’un plus grand amour.

Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur
Auteur : Bernadette Lopez
evangile-et-peinture.org

Rappelons ici la rencontre du lépreux pour saint François d’Assise et celle l’hérétique pour saint Dominique.

Elle fera la connaissance du père Lorenzo et du scoutisme de France.

Le mouvement scout était marqué par un désir de servir le prochain dans la charité à la suite de Christ. C’est là que Madeleine apprendra les partages de l’Évangile en vue de comprendre sa vie à la lumière de la Parole de Dieu. Cela marquera toute sa vie et sa recherche de croyante : « Vivre l’Évangile et de l’Évangile ».

« L’Évangile n’est seulement le livre du Seigneur vivant, mais bien le livre du Seigneur à vivre ».

« Il n’est pas fait pour être lu, mais pour être reçu en nous! »
dans La Joie de croire, Seuil, 1968

Une maison qu’elle appellera « La Charité »

Elle entreprendra ensuite des études en travail social qui l’amènera à vivre dans une banlieue communiste de Paris : Ivry-sur-Seine. Ce sera le lieu de sa troisième conversion.

Avec deux compagnes, elle ouvrira une maison qu’elle appellera « La Charité ».

Voici son projet : « On vivrait l’Évangile au milieu des gens, on gagnerait sa vie dans sa profession, on serait à la disposition de tous comme de simples voisines ». Jacques Loew, Vivre l’Évangile avec Madeleine Delbrêl, Bayard/Centurion, 1994. p. 28.

La rueMadeleine dira que l’Évangile est une invitation à la joie, une communion à un amour et une transfiguration du quotidien. Elle dira toujours que pour nous, gens actifs et aux prises avec la vie moderne, c’est au cœur de celle-ci que nous devons apprendre à vivre l’Évangile et à prier.

Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis, est pour nous le lieu de sainteté. Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, Car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné. Tiré de Nous autres, gens des rues, Seuil.

Madeleine vivra sa vie de foi au cœur de son action de travailleuse sociale.

On raconte qu’un jour elle portait des vêtements dans une famille qui habitait dans des habitations à loyers modiques. Redescendue au bas de l’escalier, voilà qu’elle reçoit sur la tête le sac contenant les vêtements! Au lieu de se choquer, elle court chez le premier fleuriste pour acheter une rose et retourner l’offrir aux gens en leur déclarant que leur amitié lui était très précieuse.

Voilà la charité vécue au cœur de la vie et du travail professionnel.

Voilà Madeleine Delbrêl!

La prière au cœur de l’action

Mains - PrièreCette croyante n’opposera pas l’action et la prière. Au contraire, elle affirmera que l’action appelle la prière et la prière appelle l’action.

Elle saura trouver au cœur du quotidien une manière laïque de prier si je puis dire. Elle saura récupérer tous les instants pour en faire des lieux de rencontre et d’amour avec le Seigneur.

Elle ne pouvait pas prier des heures à la chapelle comme les religieuses cloîtrées!

Cependant, elle nous aide à comprendre que, pour la personne active, la prière n’est pas la même que pour une personne engagée dans la vie monastique.

Prier au cœur de la vie, malgré nos nombreuses occupations peut devenir possible. Elle saura repérer tous les petits creux qui forment nos journées et en profiter pour en faire des moments de prière. Les temps de prière deviennent ainsi nombreux et on n’a pas la fausse impression de ne jamais prier.

« Repérons les petits creux innombrables, imprévus et minuscules qui enrobent tous nos actes. »

« Dans la mesure où ces relais grands et petits seront gardés et trouvés, nos actes eux-mêmes se transformeront en oraison. »

(Jacques Loew, Idem p. 38)

Ainsi, attendre le métro ou la fin du cycle de la machine à séchage, ou chez le médecin ou le dentiste, être pris dans un embouteillage sur la route… autant de situations qui peuvent nous permettre une invocation, un « Je vous salue Marie », une prière d’intercession, un remerciement, une prière de demande, une action de grâces… Des petits moment pour parler avec Jésus.

Madelleine Delbrêl disait que l’on prie comme on respire. Quelle belle image! À la fin d’une journée, nous pouvons être surpris du nombre de minutes passées ainsi en prière.

« Ce n’est pas la durée qui donne une valeur à la prière, c’est ce que nous pourrions faire d’autre avec le temps que nous lui donnons. » (Jacques Loew, Idem, p. 129)

Un témoin pour notre temps

VitrailAimer l’Église. La rendre aimable et aimante.

Madeleine Delbrêl s’était fait des amis parmi les prêtres-ouvriers et les communistes. À cette époque, l’Église romaine condamnait le communisme et désapprouvait le mouvement des prêtres-ouvriers. Madeleine au lieu de se sentir révoltée et non comprise par l’Église affirmera qu’il faut continuer à la servir et à l’aimer.

Quel exemple pour nous qui, parfois, pouvons nous sentir heurtés par tel ou tel prise de position de l’Église ou du comportement de certains de ses membres.

« L’Église, il faut s’acharner à la rendre aimable. »
« L’Église, il faut s’acharner à la rendre aimante. »

(Jacques Loew, Idem, p. 103)

Madeleine Delbrêl…

  • Une femme, qui même dans la tourmente, a su rester fidèle à son Église.
  • Une femme d’une grande foi et aussi d’une grande espérance.

Lisons une des belles phrases qu’elle dit à propos de l’espérance :

« Les promesses de Dieu ne vacillent pas du fait des inconséquences, des inaptitudes, des aveuglements, des cruautés pratiques, car elles ne sont pas fondées sur ce que les hommes font ou ne font pas.

Les promesses de Dieu ne bronchent pas et elles restent à la discrétion de ceux qui espèrent en elles, d’un seul qui espérerait en elles, quels que soient les désastres » (Indivisible amour, Centurion, 1991, p. 69)

Et si ces personnes, c’étaient nous?

Madeleine Delbrêl, est donc une personne qui a su au cœur d’une vie bien remplie, allier prière et action.

Être le Christ, là où l’on est

Lire l’Évangile a été l’inspiration de toute sa vie.

Sa vie communautaire dans son groupe de « La Charité » lui a fourni le cadre pour vivre l’Évangile et son action de travailleuse sociale les mains pour faire advenir le Règne de Dieu.

Dans une lettre du 18 juin 1942, pour présenter son projet de vie, elle écrira ceci :

Christ pauvre et aimant
Auteur : Bernadette Lopez
evangile-et-peinture.org

« Nous sommes douze en douze maisons. Le travail que nous faisons n’a pas grande importance en lui-même. Il nous sert de lieu de témoignage de l’Évangile, de terrain de rencontre avec notre prochain.

Ce prochain, nous essayons de l’aimer de toutes nos forces par le service, la prière et la croix et, ainsi, d’essayer ou de le sanctifier ou de le sauver.

Nous voudrions reconstituer en plein XXe siècle une communauté chrétienne analogue aux chrétientés primitives, aussi simple, aussi ardente, aussi mêlée au monde.

Être le Christ, là où l’on est, pourrait formuler notre but. »

Une femme extraordinaire et très ordinaire à la fois. Une laïque qui peut nous inspirer et nous encourager à prier au cœur de l’action et à ne pas nous décourager de ne pas assez prier.

Pour aller plus loin

www.madeleine-delbrel.net

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