Jésus en blue jeans Douze paraboles modernes

Et si Jésus revenait chez nous aujourd’hui, quelles paraboles nous raconterait-il pour transmettre son message d’amour? C’est ce qu’Henri Boulad a imaginé. Et l’on retrouve Jésus chez des millionnaires, dans un hôtel 5 étoiles, parmi les immigrés clandestins à Paris ou encore en excursion dans les montagnes du Tyrol…

BOULAD, Henri, Jésus en blue jeans, Éditions Jésuites, 2009, 118 p.

Introduction

Comme l’affirmait Charles de Foucauld à titre de règle de conduite : « Que ferait Jésus s’il était à ma place dans une situation précise? »

Dans la même foulée, le Père Henri Boulad a imaginé, dans douze paraboles modernes, ce que ferait (ou dirait) Jésus s’il venait parmi nous aujourd’hui.

Chacune des paraboles actualise à merveille un texte correspondant tiré du Nouveau Testament :

Nous vous proposons quelques morceaux choisis de cet ouvrage à la fois inspirant et ressourçant.

Morceaux choisis

La bicyclette

Ceux qui font de la bicyclette, se souviennent peut-être des premiers instants où il a fallu se lancer, avec tous les risques que cela comportait.

Il a fallu oser, lâcher prise, risquer et braver la peur de se faire mal. Bref, il a fallu croire en son potentiel et en ses chances de réussite.

Le Père Boulad, à partir de cette expérience, nous fait prendre conscience que « croire en Dieu », c’est précisément « croire que Dieu agit par nous ». Foi en Dieu, foi en l’être humain et foi en soi sont autant d’actes de foi qui sont indissociables.

Croire, c’est avoir le courage d’oser, c’est oser croire en nous-mêmes, qui est identique à la foi en ce Dieu intérieur que nous portons. « Il y a donc une démarche incontournable à faire. Vient un moment où il faut se lancer, dépasser sa peur. (…) C’est pourquoi dans la Bible, dès que Dieu se manifeste à quelqu’un, il lui dit : « Ne crains pas, n’aie pas peur! » (p. 85)

Si notre foi en Dieu n’est pas d’abord foi en nous, elle ne signifie rien. On répète sans cesse : « Le Seigneur soit avec vous ». Si le Seigneur est avec nous, cela signifie que nous avons en nous d’infinies possibilités de croissance, de dépassement. (p. 85)

Le congrès des Anciens de l’enseignement catholique

Face aux énormes problèmes de la société, que comptons-nous faire? Quelle sera notre contribution? Que faisons-nous avec l’énorme capital que nous avons reçu?

Il faut démonter les mécanismes de notre monde pour les comprendre, les orienter, les transformer. Notre action ne sera plus alors une action fantaisiste, mais étudiée, concertée, organisée. (p. 90)

Le Père Boulad croit beaucoup à la relation entre foi et politique, entre foi et vie sociale : une foi qui nous pousse à affronter les défis d’aujourd’hui. « Quand la foi deviendra politique, le monde changera. » (p. 91)

Bref, la foi chrétienne ne peut se contenter d’être une foi de ghetto, une foi uniquement d’Église : elle doit nous pousser à affronter les défis d’aujourd’hui.

L’incubateur

L’enfant dans un incubateur est signe par excellence de la fragilité. Que de tendresse et de soin il nous faut prodiguer à ce tout-petit afin qu’il survive!

Une fois devenu adultes, nous pensons souvent que nous ne dépendons de personne… Et pourtant… qui est maître de sa vie? Qui est à l’origine de son existence? (p. 92)

Le Visage de Dieu est penché sur nous, nuit et jour, avec tendresse. (p. 93)

Le Père Boulad veut réagir contre une religion de Dieu beaucoup trop marquée par le masculin. « Tant qu’on n’aura pas découvert le pôle féminin de Dieu, quelque chose d’essentiel nous manquera. » (p. 94) « La religion (..) ne trouvera sa vérité et sa santé, que lorsqu’elle sera parvenue à un véritable équilibre entre un Dieu masculin et un Dieu féminin. » (p. 95-96)

Le Liban revisité

On le sait, le Liban a connu une sanglante guerre civile. Certes, on peut bien trouver certaines raisons qui expliquent l’éclosion de ce conflit. N’empêche qu’un mystère subsiste : le mystère du mal, le mystère de la liberté humaine.

Le père Boulad nous rappelle que ce monde nous est confié par Dieu : tout n’est pas joué d’avance. L’histoire sera ce que nous en ferons. Nous sommes réellement libres de construire ou détruire, d’aimer ou de haïr. (p. 44)

Jésus a assumé la souffrance et la mort pour les habiter de sa présence. Il est la réponse silencieuse de Dieu au mystère du mal. (p. 99) Dieu est même la « première victime du mal », comme le disait Maurice Zundel.

« Dieu est au cœur de l’histoire. Tel est le sens de l’Incarnation et de la Croix. » (p. 100)

Cependant, le mal a beau être un mystère, il n’est pas une fatalité, du moins, pas toujours. L’être humain est ainsi appelé à prendre ses responsabilités et à lutter contre le mal sous toutes ses formes. (p. 101)

Le centre de télécommunications

Nous sommes à l’ère des médias : journaux (revues), radio (satellite), télévision (à la carte), téléphone (cellulaire), internet (accès par IPOD), etc.

On n’en finit plus d’inventer toutes sortes de moyens pour entrer en communication les uns avec les autres, et ce, par moyens interposés!

Nous sommes dans l’ère des moyens : mais est-ce que nous communiquons vraiment mieux que nos prédécesseurs? Que partageons-nous? De quelle manière le faisons-nous?

Communication avec ou sans âme? Avec ou sans profondeur? Avec ou sans façade? Avec ou sans vérité?

Le Père Boulad nous rappelle que nous avons besoin de l’essentiel, et cet essentiel est Quelqu’un. Le Christ est « ce dedans », « ce cœur », « ce supplément d’âme » dont le monde a désespérément besoin afin que les êtres humains puissent se rencontrer vraiment, de personne à personne, et non de personnage à personnage.

Lorsque je proclamais autrefois : « Je suis la Vigne et vous les sarments… » je voulais dire par là que cette interdépendance entre les hommes, les nations et les peuples n’est possible que par ce lien organique qui est moi, vivant au fond de chaque conscience, palpitant au fond de chaque cœur. (p. 58)

Une excursion de Jésus à Innsbruck

Retrouver le sens du dimanche. Retrouver le sens de la contemplation. « Heureux l’homme qui sait goûter et savourer le monde. » (p. 63)

La voiture s’arrête alors et tout le monde descend pour une promenade dans les bois. La poitrine gonflée, Jésus hume avec jubilation les senteurs de résine flottant l’atmosphère.

À l’extrémité du chemin, un champ de trèfle dort, assoupi sous le soleil. Jésus se déchausse et s’étend de tout son long dans l’herbe fraîche, les deux bras étendus, les yeux tantôt fermés tantôt fixant le ciel. De temps en temps, il broie de ses mains une poignée de trèfle ou fouine de ses pieds dans l’herbe humide avec une évidente volupté. Le temps s’est comme arrêté. (p. 63-64)

Le Christ, cœur du monde, chef de file de l’humanité

Je conduis toutes choses vers leur accomplissement en m’effaçant en elles, pour leur laisser la joie et la dignité de se construire, de se réaliser, de se créer elles-mêmes. (p. 72-73)

Selon le Père François Varillon s.j., le plus grand mystère est celui de la création. Dieu est Amour Créateur, non pas fabricateur. Dieu ne contrôle pas tout.

Comme le dit le Père Boulad à propos de Dieu à l’œuvre dans sa création :

Je me suis voulu discret, secret, apparemment inexistant, pour permettre à chaque être de s’inventer lui-même, dans une auto-création exaltante. (p. 73)

Si j’ai disparu dans ma création, si j’ai reparu si brièvement et si discrètement il y a vingt siècles, pour me replonger aussitôt dans l’anonymat, c’est pour que vous réalisiez quel type de royauté et de leadership est le mien. (p. 74)

Le Christ nous révèle un Dieu dont le seul « trône » qu’il ambitionne est le cœur de l’être humain, lorsque celui-ci décide librement de l’accueillir. (p. 75)

Dieu humble, Dieu discret, Dieu effacé, Dieu caché. Par son Esprit, Dieu anime le monde avec respect, en proposant toujours sa vie, mais en ne s’imposant jamais. Décidément, le Dieu révélé en Jésus-Christ est vraiment le « Tout–Autre »!

Lorsque j’ai inventé l’Eucharistie en me faisant pain et vin, c’était pour me proposer à chacun, aussi discrètement que possible, pour disparaître en lui. (p. 74)

De haut de cette Croix, où je règne pour les siècles, je proclame silencieusement que ma royauté est une royauté d’effacement; mon leadership un leadership d’humilité, de discrétion, d’inspiration. (p. 74)