Cette profession de foi est du Père Henri Boulad, jésuite.
Le Caire, Noël 1992.
Je crois…
… que le Bien est plus fort que le Mal, l’Amour plus fort que la haine, le pardon plus fort que la vengeance..
… la Rédemption plus profonde que le péché, la grâce plus intérieure que la corruption, plus originelle que la faute.
… que le Christ a transformé l’Homme jusqu’en ses profondeurs, qu’il l’a recréé, refait, remodelé, refaçonné, rétabli dans son innocence et sa transparence comme au premier matin du monde.
… que la grâce atteint l’Homme jusque dans sa racine, le rejoint jusque dans sa moelle, jusqu’au cœur de son cœur.
… en la bonté de l’Homme, par-delà son mensonge et son hypocrisie, par-delà sa malice et sa méchanceté, par-delà sa dureté et son égoïsme.
… en l’humanité de l’Homme, au-delà de son abjection et de ses turpitudes, malgré les chambres à gaz et les camps de la mort.
… l’Homme foncièrement bon, meilleur que ce qu’il fait, plus vrai que ce qu’il dit, plus beau qu’il ne paraît, plus grand qu’il ne le croit.
… qu’au fond du cœur de l’Homme, il n’y a qu’amour et tendresse, bonté et faiblesse, accueil et abandon.
… qu’en sachant qu’il est bon, l’Homme le deviendra, en découvrant qu’il est sauvé, l’Homme se transformera, en se sentant aimé, l’Homme aimera.
… qu’un jour mal et ravages, guerre et carnages disparaîtront. Et que tout Homme, un jour, mangera à sa faim et sera rassasié… rassasié de pain et rassasié d’amour.
… en un monde tout autre, renouvelé, transformé, transfiguré. Et que ce monde neuf grandit jour après jour au fond de nos poitrines nous poussant à aimer, à compatir, à pardonner.
… que la petite graine de l’Amour semée un jour en nous par Jésus germera tôt ou tard pour devenir un arbre immense où les oiseaux du ciel s’abriteront.
… que l’espérance en un Homme meilleur l’engendrera, que l’attente d’un monde nouveau le suscitera, que le combat pour la justice et l’amour aboutira.
… que la paix est possible au-delà de la guerre et de la violence de la haine et de la vengeance de la cupidité et de la malveillance.
… que le Mal n’est pas une fatalité, ni le malheur un destin, que la haine peut être dépassée et la guerre abolie, que les forces du Bien l’emporteront un jour sur les forces du Mal.
… qu’un jour les glaives seront transformés en socs de charrue et les épées en faucilles, que le loup habitera avec l’agneau et la panthère avec le chevreau, que le veau et le lionceau paîtront ensemble sous la conduite d’un enfant.
… qu’un jour la vache et l’ourse noueront un pacte d’amitié, que le nourrisson s’amusera sur le trou du cobra et que l’enfant mettra la main sur le gîte de la vipère.
… qu’un jour les Hommes de toute langue, race et nation vivront en frères et sœurs, que les frontières disparaîtront, que les Hommes se rejoindront, et que l’Humanité fera une immense famille.
… qu’un jour les ennemis s’aimeront et s’embrasseront, qu’ils mangeront au même plat et boiront à la même coupe, lorsque sera dressée la grande table de l’Humanité enfin réconciliée.
… qu’un jour chrétiens, juifs et musulmans, bouddhistes, hindouistes, shintoïstes, noirs, blancs et café au lait, rouges, jaunes et sang-mêlé, formeront dans le ciel un immense arc-en-ciel sur la dernière aurore de la dernière nuit.
… que tout a commencé lorsque le Tout-Puissant s’est fait tout impuissant, lorsque le Dieu Très-Haut s’est fait le Dieu Très-Bas, pour rejoindre le cœur de l’Homme.
… que tout a commencé une nuit de Noël, sur le bord d’un chemin dans le dénuement et la fragilité, la douceur et l’humilité, d’un tout petit Enfant.