Évangile : « manuel » de vie chrétienne Quatres étapes d’un cheminement

Les quatre évangélistes : « manuels » de catéchèse au service de la maturité de la foi. Vers une familiarité toujours plus grande avec les Saintes Écritures lues et priées en groupes et en communautés.

Le texte de cet article est tiré du livre Bible et vocation de C. M. Martini, Médiaspaul, 1995, p 110-116. Le texte a été quelque peu modifié par Gaston Perreault, c.s.v. afin d’en faciliter la lecture pour le Web.

Présentation

Le Directoire général pour la catéchèse précise que la Parole de Dieu est la source de la catéchèse (DGC 96). Avec Jésus Christ, la Parole sera accueillie comme un pilier majeur de toute éducation de la foi. Avec plusieurs catéchètes, je partage cette conviction : il nous faut meubler la mémoire des baptisés des grands récits de la Bible, pour les aider à situer leur cheminement de foi dans la grande Histoire Sainte.

Au cœur de la Bible, les Évangiles sont destinés à susciter de véritables disciples de Jésus Christ. Pour aider les catéchètes à mieux saisir les étapes de la formation à la vie chrétienne, je vous invite à prendre connaissance d’un écrit du Cardinal Martini qui nous présente l’Évangile comme manuel d’initiation chrétienne.

Je suis convaincu que ces pages seront éclairantes et stimulantes pour votre engagement de catéchètes. Voici donc un extrait du troisième chapitre du volume Bible et Vocation.

Gaston Perreault, c.s.v.

Introduction

L’Église a toujours considéré la vocation des baptisés comme une suite d’initiations au mystère chrétien.

À mon avis, tout cela est très bien exprimé dans les quatre évangiles considérés comme « manuels » pour ces étapes de l’initiation chrétienne.

Le catéchuménat

Cette première étape, on peut la mettre en relation avec l’évangile de Marc, ou évangile de l’initiation catéchuménale (préparation au baptême).

L’insertion en Église

Nous parlons ici de l’étape du suivi au baptême, en relation avec l’évangile de Matthieu ou « évangile de l’Église » parce qu’il contient tout ce qui est nécessaire pour insérer le nouveau baptisé dans la communauté.

L’évangélisation

Cette étape est celle de l’« évangélisation » ou du témoignage, en relation à l’évangile de Luc et aux Actes des Apôtres, dans lesquels est contenu tout ce qui contribue à la formation de l’évangélisateur.

La foi adulte

Cette quatrième étape est celle du « christianisme adulte », en relation à l’évangile de Jean parce que celui-ci contient ce qui peut éduquer à la maturité de la foi. Il est une source incontournable pour former les leaders de la communauté.

Pour justifier ce que je viens d’exposer, je rappellerai quelques éléments essentiels.

La première annonce

L’Évangile de Marc est le plus ancien; l’Église l’a donc utilisé, dès le début, pour la prédication kérygmatique aux non-croyants (première annonce de Jésus). Cet évangile conduit à l’expérience baptismale et prépare le catéchumène à la conversion. On pourrait résumer cette expérience que Marc propose au catéchumène par les versets 11-12 du chapitre 4 :

« À vous a été donné de connaître le mystère du Royaume de Dieu; mais pour ceux du dehors, tout arrive en paraboles; afin que, regardant de tous leurs yeux, ils ne voient pas, écoutant de toutes leurs oreilles, ils ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné ».

Ce texte décrit graphiquement l’itinéraire de l’évangile de Marc : c’est un passage de l’état de celui qui est dehors et qui ne connaît le mystère chrétien que par ouï-dire, ou par curiosité, ou par habitude, ou même par éducation familiale, sans que ce mystère soit rapporté à sa propre vie (c’est en effet quelque chose de nébuleux, d’énigmatique, de non intégré : on comprend et on ne comprend pas, on croit et on ne croit pas, on voit et on ne voit pas) à la rencontre avec le Seigneur ressuscité.

Le Christ appelle le catéchumène à se convertir, à renoncer à tout son monde religieux, mythique et même familier, utilitaire et moraliste, pour placer en Lui (Jésus) son espérance et sa vie, de même que Lui, dans sa mort, il a mis son espérance et sa vie entre les mains du Père.

Voilà la conversion, le changement d’horizon et de mentalité que Marc invite à accomplir à travers les phrases graduelles de son évangile. Jésus est d’abord présenté comme celui qui est capable de guérir, de rendre confiance; puis il est vu comme le Jésus mystérieux qui demande la confiance; et enfin Marc nous propose de s’attacher à Jésus qui s’offre au Père avec confiance, dans l’amour.

Tout cela fait comprendre au catéchumène quel chemin, quel saut il est appelé à faire. C’est la préparation à l’illumination baptismale. Cette préparation est bien signifiée dans Marc au chapitre 10, avec l’épisode de l’aveugle Bartimée qui est progressivement appelé par le Seigneur à reconnaître son besoin, à lui crier, encouragé par son entourage : « Que j’y voie! ». Ayant recouvré la vue, il suit le Seigneur. Ce récit est le sommet de l’éducation catéchuménale que nous offre Marc.

Dans Marc, la question fondamentale est celle de Jésus : « Et vous, qui dites-vous que je suis? »

La vie communautaire

La deuxième étape de la formation chrétienne est présente dans l’évangile de Matthieu ou « évangile de l’Église ». L’évangile de Matthieu aide le catéchiste à donner au nouveau baptisé une connaissance ordonnée, systématique et organique du mystère chrétien. Il offre au nouveau baptisé toute l’instruction nécessaire pour sa pleine insertion dans la communauté. Cette étape peut être résumée dans les versets 19-20 du chapitre 28 :

Allez donc, et faites des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant d’observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde.

Le nouveau baptisé, qui a appris à reconnaître le mystère de Dieu dans la personne du Christ, doit maintenant apprendre à reconnaître la présence de la personne du Christ dans le mystère de l’Église : « Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde ». Jésus doit être reconnu présent dans la communauté : c’est ce que Matthieu veut inculquer au nouveau disciple de Jésus.

Autant de fois que vous l’avez fait au moindre de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40).
Là où deux ou trois se trouvent assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18,20).
Celui qui vous reçoit me reçoit (Mt 10,40).

Ce sont toutes ces expressions, typiques de la mentalité de Matthieu, qui tendent à développer le sens d’une appartenance vivante à l’Église, communauté de salut dans laquelle est présent le Dieu des pères, révélé en Jésus.

Dans Matthieu la question est : « Comment dois-je vivre dans l’Église pour trouver le Seigneur? »

Évangélisation et témoignage

La troisième étape de la formation chrétienne est présente dans l’Évangile de Luc : c’est l’étape de l’évangélisation ou du témoignage.

La communauté, qui a pris conscience d’être un peuple en marche, appelé à témoigner de Jésus Christ, regarde autour d’elle et voit le monde culturellement si varié et différent. Elle voit le monde de son temps et ressent le besoin, le désir de l’évangéliser, d’annoncer la Parole, selon le commandement du Seigneur.

L’Évangile de Luc (et les Actes des Apôtres) naît d’une expérience d’évangélisation itinérante. Il rapporte les paroles et les gestes de Jésus, ordonnés de manière à instruire progressivement l’évangélisateur, en lui donnant le sens de ce que veut dire évangélisation, persévérance, persécution, etc.

Pour Luc la question est : « Comment porter la Parole à ceux et celles qui ne la connaissent pas encore? »

Nous pouvons résumer toute cette problématique avec quelques versets significatifs, le chapitre 24.

En effet, les disciples d’Emmaüs qui abandonnent Jérusalem, répètent des lèvres le kérygme :

Alors seulement la première annonce (kérygme) devient pour eux réalité. L’évangile de Luc, avec les Actes, est très utile pour aider le chrétien, la chrétienne à passer d’une situation d’une foi reçue à celle d’une foi qui possède une véritable capacité évangélisatrice.

La maturité de la foi

La quatrième étape de la formation chrétienne est contenue dans l’Évangile de Jean : c’est la maturité de la foi qui est visée. Cet Évangile fait appel à la sagesse de celui ou celle qui a vécu une longue expérience avec le Christ.

L’Évangile de Jean convient très bien à la formation des responsables de la communauté chrétienne, à ceux et celles qui ont parcouru un long chemin vers la maturité. À cause de cela, c’est un évangile contemplatif, c’est-à-dire le fruit d’un long regard posé sur Jésus.

La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ (Jn 17,3).

L’Évangile de Jean ne s’arrête plus sur des préceptes ou des commandements; il est entièrement tourné, à l’aide de symboles répétés comme en un mouvement de spirale, vers un noyau central.

Voici ce noyau : toute l’expérience chrétienne réside dans la révélation du Père dans le Fils et dans la réponse que l’homme fait à cette révélation, avec foi et amour.

Jean, par tout son Message, invite à la simplicité contemplative, à l’abandon confiant à Dieu. L’évangéliste nous dit : Mets ta foi en ce Dieu qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. Et toi qui marches à la suite de Jésus, vas au bout de l’Amour, comme Lui. Ainsi, la foi et la charité sont les deux attitudes qui résument toute l’expérience chrétienne adulte.

L’évangélisateur et l’évangélisatrice sont invité-e-s à rentrer en eux-mêmes et se demander quel est l’essentiel de la foi chrétienne. C’est que le Père se manifeste dans le Fils. Voilà l’essentiel de tout le mystère chrétien. Les autres étapes (Évangiles de Mc, Mt et Lc) doivent conduire à cela. Jean invite donc à une longue contemplation, une lente assimilation du mystère chrétien.

Conclusion

J’ai voulu présenter les quatre évangélistes, comme des manuels de catéchèse qui indiquent les grandes étapes de la maturité chrétienne et sur leur développement organique. Je me suis restreint à les proposer comme les grandes lignes d’un cheminement.

Je souligne le fait que ce sont des étapes successives; on ne peut ni les sauter, ni les éviter. Autrement on risque :

J’ai fait un rêve…

Avant tout, celui que, à travers une familiarité toujours plus grande avec la Sainte Écriture lue et priée en groupes et en communautés, les hommes et les femmes ravivent en leur coeur l’expérience de feu qui fut celle des disciples sur la route d’Emmaüs. Dans mon expérience aussi, la Bible lue et priée, en particulier par des jeunes, est le livre de l’avenir.

En second lieu, le songe que, par son service prophétique, sacerdotal et diaconal, la paroisse continue à actualiser dans nos pays cette présence du ressuscité que purent expérimenter dans la fraction du pain les disciples d’Emmaüs.