Évangéliser par le théâtre À l’école de Loupio

Voici le récit d’une expérience d’éveil à la foi et d’initiation à l’univers de l’évangile au moyen d’une activité théâtrale inspirée de la bande dessinée Loupio de Jean-François Kieffer.

Éveiller à la foi des jeunes de 10-11 ans

Un défi

Dans une petite commune du Lyonnais en France, voici que des familles de tradition chrétiennes se sont retrouvées avec le défi d’éveiller à la foi leurs jeunes enfants fréquentant pour la plupart le deuxième cycle du primaire.

Ils ont presque tous été baptisés. Mais leur initiation à la vie chrétienne n’est pas allé plus loin. Sans contact avec la paroisse et fréquentant l’école publique, il y avait rupture dans le processus de transmission de la foi.

Des jeunes un peu laissés-pour-compte

Évidemment ces jeunes, comme leurs parents savent qu’il y des activités de catéchèse. Certains de leurs amis s’initient à la pratique de l’eucharistie, d’autres se préparent au baptême. Mais comme ni eux, ni leurs parents ne fréquentent la communauté, ils s’estiment en marge de tout cela mais se retrouvent tout de même avec des questions.

Par ailleurs, entre quelques unes de ces familles existait un petit réseau où on aimait se rencontrer pour partager et échanger. Comme l’une d’elles avait une vie chrétienne explicite, on aimait aborder bien librement des questions concernant la foi et la pratique religieuse.

L’une s’est faite plus insistante concernant l’éducation religieuse des enfants. On en est même venu à souhaiter leur transmettre quelques rudiments de la foi chrétienne. Mais comment? Ces jeunes ne pouvaient pas intégrer des groupes de « caté » en cheminement depuis déjà trois ou quatre ans. Et la paroisse leur paraissait bien loin.

Un moyen tout simple

C’est alors qu’avec l’accord des parents, une maman du groupe prit l’initiative d’inviter chez elle quelques-uns de ces jeunes en vue d’amorcer avec eux un éveil religieux.

Étant à la recherche d’outils d’animation elle eut l’idée d’utiliser LOUPIO, une Bande Dessinée d’inspiration chrétienne bien connue des jeunes du primaire. Se rappelant que la reformulation est un moyen pédagogique fort précieux à qui veut s’assurer de la juste compréhension d’un énoncé, elle pensa utiliser le théâtre à cette fin.

C’est ainsi que Loupio allait permettre à des jeunes d’entrer dans l’univers de l’évangile. Mais il fallait plus qu’un bon moyen technique.

Impliquer tous les parents

Certes, il s’agissait d’une intuition intéressante mais il fallait la préciser, en définir les contours et surtout – et ce fut là l’une des clés du succès – impliquer tous les parents concernés. Leur collaboration était nécessaire tant dans l’élaboration du projet que dans sa mise en œuvre. Sans trop en mesurer l’importance au point de départ, on comprit rapidement qu’ils étaient appelés à jouer le rôle de communauté porteuse.

On se mit donc à la tâche, si bien qu’assez rapidement le projet fut lancé. Dès son annonce, il suscita suffisamment d’intérêt pour qu’il faille songer à faire appel aux ressources communautaires du milieu afin de disposer de locaux adaptés.

Qui est Loupio?

Une création de Jean-François Kieffer

Après avoir fait l’École des Arts décoratifs de Strasbourg il y a une trentaine d’année, Jean-François Kieffer a entrepris une carrière d’illustrateur. En exerçant son métier pour le compte de revues et de journaux destinés à la jeunesse, il est devenu auteur de bandes dessinées.

Cherchant à créer une B.D. illustrant l’histoire de François d’Assise, Kieffer a imaginé un personnage du nom de Loupio, un petit troubadour orphelin. En fait, il s’agit d’un jeune garçon ordinaire qui suit sa route de pèlerin vers la lumière. Mais il a la chance d’avoir deux amis en la personne de frère François et du célèbre loup de Goubio qui veille sur lui (cf. Les Aventures de Loupio – Une bande dessinée à saveur évangélique pour plus de détails).

Une trame évangélique

Même si, comme le dit lui-même Kieffer, il n’a pas cherché à faire de la B.D. chrétienne, des passages d’évangile ont servi de point de départ à la rédaction de plusieurs histoires. Voilà précisément ce qui fait l’intérêt de ce choix de la part des parents.

Mis à part deux albums qui ne comportent qu’un seul récit en plusieurs épisodes, tous les autres présentent de courtes aventures ayant comme pointe un dénouement calqué sur une scène évangélique.

Un exemple – Le luth

À titre d’exemple, voici une histoire intitulée Le Luth.

Le récit conduit Loupio chez une vieille dame très pauvre qui l’accueille. Elle est seule, son mari est décédé. Elle n’a de lui qu’un souvenir, son luth, car il était troubadour. Loupio voudrait bien en jouer, troubadour lui aussi mais sans le sou et sans instrument. Cependant la vieille dame refuse, car c’est tout ce qui lui reste.

Loupio un peu espiègle ne peut résister à la tentation. Profitant de son absence, il prend l’instrument et s’en accompagnant chante un air connu de la vieille dame. Elle l’entend au loin. La voilà conquise.

Laissant parler son coeur, elle offre le luth au petit Loupio se disant qu’il en fera bon usage. Seul sur le chemin du retour, il confie sa réflexion à son compagnon Frère Loup : « Elle n’avait rien et vois ce qu’elle m’a donné… Tu comprends cela, toi? » Revenu chez Frère François, il lui raconte son aventure. Celui-ci lui dit : « Cette vieille femme sort tout droit de l’Évangile! Écoute… »

Et François de lui lire un extrait de l’évangile de Marc évoquant l’offrande de la pauvre veuve qui donne au temple tout ce qu’elle a pour vivre. Il conclut son récit par ces mots : « La plus grande richesse c’est de savoir donner. Ne l’oublie pas, Loupio! »

Le récit se termine sur une image d’un Loupio tout joyeux qui part en chantant : « L’était une vieille dame, toute ridée, toute édentée, sa vie n’était que pauvreté mais, grand trésor était son âme ».

La pointe évangélique du récit n’est peut-être pas toujours aussi explicite, mais elle se laisse facilement deviner.

Concrètement…

Mise en route du projet

Avant de se mettre au travail, on se donna une méthode de travail et un cadre opérationnel qui serait validé en l’expérimentant. L’activité serait mensuelle et d’une durée de trois heures. Elle aurait lieu le samedi en après-midi. À tour de rôle des équipes de parents se verraient confier l’animation d’une rencontre.

L’équipe désignée s’approprierait l’histoire retenue, en transcrirait les dialogues et rassemblerait le matériel nécessaire à sa théâtralisation sans oublier de préparer un léger goûter. Un parent prendrait charge d’un moment de prière, un autre s’occupant de la musique. Kieffer qui est aussi musicien a écrit et publié sur CD des petites chansons accompagnant chacun des albums. Elles seront utilisées avec profit.

Préalablement, quelques costumes et accessoires avaient été bricolés comme le luth et la cape rouge de Loupio, la bure de Frère François, quelques chapeaux pour les belles dames médiévales et autres tuniques sans oublier un masque pour le loup protecteur. Chacune des aventures avaient été analysées afin de retenir celles qui se prêtaient davantage à l’exercice.

Et le jeu pouvait commencer.

Déroulement d’une rencontre

La rencontre est partagée en deux temps par une pause-goûter. L’un est consacré à la préparation de l’activité, l’autre à sa mise en œuvre.

Tout commence par un moment d’intériorité et de prière habituellement inspiré de l’évangile du dimanche, histoire de créer un lien même ténu avec la communauté paroissiale. Ensuite, les jeunes guidés par un parent s’approprient l’histoire. Celle-ci doit être bien assimilée afin que les  spectateurs (au début ce furent les parents) puissent la comprendre à leur tour une fois reformulée par le jeu. On veille surtout à ne pas négliger la pointe évangélique.

Cet exercice réalisé, les rôles sont distribués puis collectivement on cherche les gestes, l’intonation, les phrases clés à ne pas oublier. L’objectif premier est alors rappelé : assurer une bonne réception du message que l’on désire transmettre par l’histoire mise en scène.

Après la pause, place au théâtre! J’ai pu assister à quelques présentations. Que d’imagination et surtout quel soin on y mettait avec le souci de faire participer tous les jeunes présents! Évidemment devant le succès de l’opération le groupe s’est élargi, si bien qu’il fallut le scinder et prévoir deux ateliers. Mais l’approche est demeuré la même.

Une fois la scène jouée, un échange s’ensuit au cours duquel on cherche à identifier la ou les valeurs évangéliques en présence : la bonté, la patience, le pardon, la générosité, le partage, l’espérance, la solidarité… Quand le pasteur de la paroisse est disponible c’est ici que se situe habituellement son intervention.

L’activité se termine par un moment de recueillement sans oublier l’un ou l’autre chant de Kieffer reprenant habilement les thèmes développés.

Évaluation

L’expérience a passé le cap des deux premières années et se poursuit encore même si le couple initiateur a du quitter le milieu pour des raisons professionnelles. Le partage des responsabilités et l’implication de chacun ont maintenu l’intérêt et assuré la durée. De plus, et ceci est majeur, le poids et la responsabilité de l’éveil tout comme de la première évangélisation ne s’est pas retrouvé sur les épaules d’une seule personne considérée comme la « spécialiste ».

La formule aura permis à tous, jeunes et parents de faire l’expérience d’une véritable « communauté éducative ». En jouant le jeu, en s’étant approprié la démarche tant dans son élaboration que dans sa mise en oeuvre sans oublier les moments de prière et d’intériorité, les grands ont évangélisé et se sont laissés évangéliser comme les jeunes, avec les jeunes, en même temps qu’eux.

L’expérience s’est également avérée un terrain fertile qui aura permis à quelques jeunes d’aller plus loin. Il fut possible de leur offrir de la catéchèse proprement dite afin de les aider à structurer les premiers acquis ce qui les a ouverts à une intégration progressive à la communauté. Et des demandes sont venues soit pour le baptême, soit pour l’initiation à la pratique des sacrements.

Évidemment, il faut être réaliste. À première vue, une telle démarche se présente comme un itinéraire alternatif plus ludique que le « caté » traditionnel. Certains ont même cru qu’il pourrait y avoir compétition. Mais comme elle repose essentiellement sur un besoin particulier et sur l’implication des parents et des jeunes directement concernés, il fut quand même relativement simple d’harmoniser l’ensemble.

Une alternative ludique pour entrer dans l’univers évangélique.