Et si on parlait de l’Avent … La venue du Christ : hier, aujourd’hui et demain

Le temps de l’Avent est familier à qui se prépare à célébrer Noël. Mais n’en fait-on pas une lecture un peu courte? Pourtant la réalité dont le mot est porteur parle à la fois de passé, de présent et aussi d’avenir. Cet article propose quelques pistes de réflexion sur la venue du Christ, celle d’hier et celle de demain.

Avent … et puis après ?

Le jeu de mots et la question peuvent sembler faciles. Pourtant ils ne sont pas sans pertinence, car nous ne sommes pas très habiles à parler de ce qui vient. Comme s’il s’agissait de quelque chose qui dérange. Ce qu’on appelle la fin des temps n’a pas l’habitude de meubler nos conversations.

Quant au mot Avent, il n’est pas étranger aux chrétiens comme à ceux qui partagent leur culture. Pourtant, on l’associe si facilement au temps qui précède Noël, plus précisément aux quatre semaines tout juste « avant » Noël, que son orthographe a de quoi surprendre. Avent vient du latin adventus. Incidemment, jusqu’au 16e siècle, on écrivait en français  advent. Il signifie : venue, arrivée, avènement.

Un peu d’histoire

Dans le contexte des célébrations entourant la Nativité, on comprend facilement que le mot Avent fasse référence à la venue de Jésus, à son arrivée dans notre monde. Il lui est intimement associé. Noël c’est la célébration de l’adventus du Messie, son avènement, sa naissance.

Par ailleurs – et c’est ce qui complique un peu les choses – au 5e siècle une jonction s’opère entre l’idée de la venue de Jésus et celle d’un temps de préparation à la fête de Noël.

La pratique du Carême et particulièrement celle du jeûne prédisposant aux fêtes pascales est alors bien connue. C’est en s’en inspirant qu’on commença dans certains diocèses de France à se préparer à célébrer l’adventus, la venue. Assez rapidement cette pratique se répand. Elle sera aussi un temps de catéchèse.

D’abord une venue

Si un glissement s’est opéré vers la désignation d’un temps de préparation, il ne faut pas perdre de vue que la préoccupation première est d’abord celle de célébrer une venue, celle de Jésus.

Si bellement décrite dans l’Évangile de Luc, cette venue fondatrice de l’expérience chrétienne enchante encore nos mémoires.

Une venue plurielle

Toutefois le mystère dépasse le cadre étroit de l’histoire. La venue du Christ en notre monde, c’est aussi celle de sa venue en chacun de nous, une venue sans cesse renouvelée dans le quotidien de nos vies. On ne peut donc la confiner au passé, si beau en soit le souvenir. La surenchère entourant la célébration de la Nativité comme ses images et ses coutumes risquent facilement d’occulter le présent de cette naissance. Mais il y a plus encore car cette venue est plurielle.

Passée, présente certes, venue à venir aussi car la première en annonce une autre pour la fin des temps. Une ultime et dernière venue est attendue.

Le retour du Christ

Le Christ reviendra. Ce sera cette ultime venue. Les allusions à ce retour sont fréquentes dans les Écritures. Nombreuses sont les paraboles qui en parlent. Il faut cependant reconnaître que nous ne sommes pas très habiles à aborder cette question.

Tellement associée à la fin des temps, à la fin du monde souvent évoquée en termes de catastrophe planétaire, l’éventualité du retour du Christ devient un sujet pas très passionnant, tabou même. Un terme savant l’évoque : l’eschatologie. Il vient d’un mot grec eschaton qui veut dire fin. Règle générale, on ne peut prétendre être des fervents de l’eschatologie.

Pourtant, la liturgie du temps de l’Avent, les pages d’Écriture qui nous sont proposées portent toutes en leur cœur la préoccupation de cette venue du Christ à la fin des temps. C’est tout le sens de cette attente, de cette vigilance largement évoquée.  Tenez-vous prêts! Veillez…

Néanmoins et certes pas sans raison, quand arrive l’Avent nos préoccupations se concentrent presque exclusivement sur la fête de Noël à préparer : le sapin, les chants, la crèche, la messe de minuit, le réveillon… Et si toute cette fébrilité était là pour nous redire que nous sommes des veilleurs, des gens en attente. Et si le temps de l’Avent était là pour nous remettre en situation d’attente, pour élargir nos attentes.

Plus qu’un jeu

Il y a tout de même quelque chose de très ludique dans cette préparation à la fête Noël comme dans la fête elle-même. Il y a un jeu dans cette attente. Il n’est que de penser aux yeux des petits qui brillent.

Mais il y a un plus… il y a ce qui vient, il y a la suite. Il y a l’après. Serions-nous devenus à ce point étrangers à tout ce questionnement? Il s’agit pourtant de réalités inscrites dans notre culture religieuse.

À titre d’exemple, pensons aux paroles de nos eucharisties. Elles laissent entendre qu’elles sont une anticipation de ce qui vient, un avant-goût du banquet du Royaume à venir. Si les références sont peu nombreuses, elles sont quand même explicites.

Souvent la prière se conclue par un : Toi qui es, qui étais et qui viens. À l’offrande nous évoquons le pain de la Vie et le vin du Royaume éternel. Ne chante-t-on pas après la consécration : Nous attendons ta venue dans la gloire. Tout juste avant la communion, le président proclame : Heureux les invités au repas du Seigneur. Ce repas n’est pas que celui que nous sommes à partager, il annonce celui des Noces de l’Agneau évoqué au Livre de l’Apocalypse au chapitre 19 verset 9.

Les chrétiens sont aussi gens d’avenir.

Le Royaume qui vient

Par ailleurs, il faut reconnaître que le monde dans lequel nous vivons n’est pas toujours très rigolo. Tremblements de terre, tornades politiques ou autres, montée de l’islamisme radical, fonte de la banquise et autres problèmes ne viennent-ils pas confirmer les plus sombres inquiétudes pour l’avenir de la planète?

Nous qui sommes les témoins de la première venue du Christ célébrée à Noël, savons qu’il reviendra. Nous savons que ce retour s’inscrit dans la foulée de l’instauration de son Royaume.

Et ce Royaume est à comprendre comme la lente restauration de notre monde amorcée à la première venue. Il ne court donc pas à sa perte comme une locomotive prisonnière de ses rails.

Ce que nous célébrons à Noël, à un après, a un avenir. Savons-nous l’attendre? En sommes-nous les artisans?

Pierre Teilhard de Chardin écrivait dans Le Milieu divin, son œuvre maîtresse :

« L’attente – l’attente anxieuse, collective, opérante d’une fin du monde, c’est-à-dire d’une issue pour le monde – est la fonction chrétienne par excellence et le trait le plus distinctif peut-être de notre religion. »

Que de choses à se redire pendant ce temps trop court de l’Avent !