Bouddha ou Jésus ? Spécificité de la spiritualité chrétienne

Présentation et comparaison des grandes figures spirituelles que sont Bouddha et Jésus, suivi d’une appréciation de la spécificité de la voie chrétienne.

Introduction

Selon la tradition la plus répandue, Bouddha aurait vécu environ cinq cents ans avant Jésus. L’Inde était alors en très grande partie hindouiste.

Et si l’on remonte aux traditions orales des Rishis, les Vedas, la religion y était florissante depuis des millénaires. Car l’hindouisme était véritablement une religion, tandis que le bouddhisme serait plutôt reconnu comme une philosophie ou une sagesse.

Il serait intéressant de comparer plusieurs religions, mais pour plus de clarté, tenons-nous en ici à la comparaison entre Bouddha et Jésus.

Même les incroyants les considèrent tous les deux comme de très grands prophètes, possiblement les plus grands de l’histoire de l’humanité.

Nous traiterons donc brièvement de Bouddha et de Jésus. Puis nous comparerons ces deux géants spirituels pour terminer sur la spécificité du christianisme.

Bouddha

L’Inde au temps de Bouddha

Au sixième siècle avant Jésus Christ, l’Inde était très religieuse. Comme les premiers textes étaient plutôt mystérieux et symboliques, le peuple se mit à multiplier les divinités. Chacun pouvait ainsi recourir à son dieu préféré pour lui demander toutes sortes de faveurs.

En plus, la caste des Brahmanes s’était donné une suprématie telle sur les gens plus simples, que la dernière caste, celle des « intouchables » ne pouvait vivre qu’en s’adonnant aux travaux les plus sales et méprisés des autres castes.

Quand Bouddha naquit dans l’opulence royale, l’Hindouisme avait depuis longtemps perdu sa pureté des origines.

La transformation de Bouddha

Bouddha commença sa vie publique vers le même âge que Jésus : 29 ans. Jusqu’à cet âge, il vivait bien protégé dans le palais de ses parents et on lui avait caché la souffrance de son peuple.

Selon la légende, quatre rencontres changèrent sa vie :

Bouddha, qui s’appelle encore Siddhartha Gautama est troublé par toutes ces révélations et se lance dans toutes sortes de pratiques et de rituels pour arriver à l’harmonie intérieure.

Six ans plus tard, constatant le peu de résultat de toutes ses pratiques, il les abandonne pour se concentrer sur la méditation et s’appliquer à éviter et même nier la valeur de tout excès. On appela cela « la voie moyenne ».

Abandonné par ses disciples déçus de son évolution, Bouddha s’assied sous un ficus et fait le vœu de ne pas bouger de là avant d’avoir atteint la Vérité.

Les tentations de Bouddha

Un peu comme Jésus plus tard, Bouddha qui s’appelait encore Siddhartha Gautauma fut tenté par le démon de la mort effrayée par le pouvoir qu’il était en train de se donner sur elle en délivrant les hommes de la peur de mourir.

La mort tenta de le sortir de sa méditation en lançant contre lui aussi bien des démons effrayants que des filles séductrices.

Siddhartha Gautauma nia tout simplement et en toute sérénité ces tentations, sans même avoir à les affronter.

L’éveil et l’enseignement

C’est alors que Siddhartha atteint l’éveil, mais il hésite encore à enseigner, car il se demande s’il sera écouté. Mais un nommé Naga le convainc de faire profiter l’humanité de sa connaissance.

Plus tard on dira qu’il s’appelle désormais Bouddha, ce qui veut dire « l’Éveillé ».

Son enseignement est très simple : quatre vérités qu’il qualifie de « nobles » :

La nature de Bouddha

Bouddha se qualifie lui-même d’être humain ordinaire, ni dieu ni messager de Dieu. Selon lui, n’importe qui pourrait accéder aux mêmes résultats que lui. Il s’agit simplement de s’appliquer à connaître la nature de l’esprit humain.

Les principaux concepts du Bouddhisme

Les principaux concepts du Bouddhisme peuvent se ramener à quatre : l’impersonnalité, l’impermanence, l’insatisfaction et, finalement, le renoncement à tout désir pour sortir des trois difficultés précédentes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bouddha n’était pas, à première vue, d’un grand optimisme sur l’être humain.

Mais il faut faire attention au sens de ces mots. Impersonnalité se réfère à une réalité universelle dans laquelle l’être humain est baigné; sa conviction de subsister personnellement serait une sorte d’illusion pour se donner le change.

De même l’impermanence, l’un des concepts clés de l’ensemble de l’Orient qui rejoint étrangement le premier philosophe ayant précédé Socrate, Héraclite, qui proclamait : tout change et rien ne demeure.

Quant à l’insatisfaction, nous n’avons pas besoin d’être grands philosophes pour la découvrir au cœur de notre vie. Nous verrons plus loin en quoi Bouddha et Jésus diffèrent radicalement.

Jésus

La Palestine au temps de Jésus

Les Romains occupaient la Palestine depuis Jules César, un bon demi-siècle avant la naissance de Jésus. Quand celui-ci est né, c’était un parent adoptif de César qui était devenu le premier véritable empereur d’un très vaste territoire englobant la Palestine.

Il s’appelait Octave au départ. Mais quand il eut anéanti la flotte de son adversaire, Marc Antoine l’amant de la belle Cléopâtre d’Égypte, Octave régna sur tout l’empire romain et prit le nom de César Auguste. C’est de lui que parle l’Évangile de Luc.

Il a un représentant romain installé à Jérusalem; il se nomme Pilate. Comme le peuple Juif n’est pas facile à gouverner, Pilate accepte que le roi juif Hérode conserve son titre et ses fonctions auprès des Juifs.

Jésus vient au monde à Bethléem à cause d’un recensement obligatoire de tous les Juifs, y compris ceux de la Galilée où vivaient Marie et Joseph, les parents de Jésus qui devaient venir se faire enregistrer en Judée au moment où Marie allait accoucher de Jésus.

La religion juive au temps de Jésus

Jésus, comme tous ses concitoyens, pratiquait la religion juive séculaire. Il connaissait bien les Écritures et aimait les citer quand il parlait aux Pharisiens ou aux Sadducéens.

Les Pharisiens s’occupaient de la loi tandis que les Sadducéens étaient responsables des rites religieux.

Des livres aussi anciens que le Deutéronome ou le Lévitique énuméraient des centaines de lois et de rituels de purification obligatoires.

Nous pouvons en avoir une bonne idée en observant les Juifs hassidiques qui habitent Outremont, un quartier de l’île de Montréal.

L’évolution spirituelle de Jésus

Nous savons très peu de choses sur l’enfance et la jeune maturité de Jésus. Il a sans doute été fidèle à l’essentiel du Judaïsme. Mais il ne devait pas être particulièrement compulsif sur les rituels et les lois concernant le Sabbat.

Il a probablement voyagé un peu partout et a pu ainsi développer ses propres convictions intérieures. La compassion en faisait sûrement partie.

Le baptême et la tentation au désert

Nous voilà enfin en terrain évangélique. Avant d’inaugurer sa vie publique, Jésus a tenu à faire acte d’humilité et d’intériorité.

Ces qualités profondes ont dirigé toute sa vie publique.

Humilité devant son cousin Jean qui baptisait dans le Jourdain. Le témoignage de Jean le baptiste est rapporté par Jean l’évangéliste dès le premier chapitre : « J’ai vu l’Esprit tel une colombe descendre du ciel et demeurer sur lui. » (Jn 1,32) Et plus loin : « Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est lui, l’Élu de Dieu. » (Jn 1,34) Et Matthieu de préciser au chapitre trois : « Et voici qu’une voix venue des cieux disait : celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » (Mt 3,16).

Intériorité aussi de Jésus qui passa ensuite quarante jours au désert. Il y subit trois sortes de tentations : celle de la faim, celle de l’orgueil et celle du désir de posséder. Il repoussa ces trois tentations et fut servi par les anges, précise Matthieu. (Mt 4,11)

L’enseignement de Jésus

C’est dans l’Évangile de Jean que se manifeste clairement l’originalité de l’enseignement de Jésus :

Les perles sur l’Amour inconditionnel de Dieu pour nous abondent dans les trois autres Évangiles :

Par exemple, en Matthieu…

Et en Luc…

La nature de Jésus

Comme il avait été question de la nature de Bouddha, j’aimerais dire un mot de la nature de Jésus. C’est très simple : tout le Nouveau Testament proclame sa nature divine.

Un jour des Témoins de Jéhovah commençaient à me tirer l’élastique un peu fort : ils ne connaissaient même pas le Prologue de l’Évangile de Jean. J’entrepris donc de faire une petite compilation de tous les textes qui proclamaient la divinité de Jésus. Le nombre de références précises était plutôt surprenant. Je remis les trois pages aux chers Témoins lors de leur visite suivante. Ils ne les lurent même pas et me revinrent avec un texte proclamant que seul Jéhovah était Dieu. Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Donc, pour le chrétien, Jésus est Fils de Dieu par nature. C’est ce qui nous permet de l’être à notre tour par grâce.

Comparaison entre Bouddha et Jésus

Les ressemblances

Entre Bouddha et Jésus, plusieurs éléments se rejoignent étrangement :

Les différences

Les différences sont notables entre ces deux géants spirituels. On peut en effet qualifier Bouddha de spirituel. Il n’est que de voir le visage du Dalaï Lama et celui de son disciple Matthieu Ricard pour s’en convaincre. Je dirais que ce sont des saints sans Dieu, alors que nous, chrétiens, sommes des pécheurs avec Dieu.

Autre différence, le chrétien croit à la Résurrection alors que le bouddhiste, surtout tibétain, croit à la Réincarnation.

Une autre grande différence entre les deux spiritualités tient à la personnalité du chrétien et de son Dieu, face à l’impersonnalité universelle pour le disciple de Bouddha.

Cette dernière différence amène le chrétien à espérer conserver son identité individuelle après sa mort, tandis que, pour le bouddhiste, nous allons tous nous fondre de nouveau dans la grande nature universelle.

Impersonnalité, mais aussi impermanence de l’individualité. Il faut une grande dose de courage pour atteindre cet état de nirvana en se sachant appelé à disparaître un jour totalement comme individu.

Finalement la plus grande différence entre les deux spiritualités est celle-ci : pour le chrétien, c’est Dieu qui le sauve, alors que pour le bouddhiste, c’est lui-même qui fait son salut par sa propre capacité d’arriver à l’éveil, ce qui équivaut à la cessation de toute souffrance.

Spécificité de la spiritualité chrétienne

La part de Dieu

Pour le chrétien, la part de Dieu est primordiale. Elle se joue éternellement d’abord au sein même de la Trinité divine. C’est la circulation d’Amour qui aurait pu se contenter de sa propre plénitude. Le Père engendre le Fils dans son Amour auquel le Fils répond totalement. De cet Amour réciproque « procède » l’Esprit qui est la conscience même d’un tel Amour infini et éternel.

Mais le plus beau de l’affaire, c’est la décision divine, comme dit Jean dans son Prologue, non seulement de créer le monde par son Verbe, mais aussi de prendre notre nature pour la diviniser. Autrement dit pour faire de nous les enfants de l’Amour trinitaire. L’envoi de l’Esprit à la Pentecôte rend bien compte de cette attention divine amoureuse à notre égard. Voilà pour la part de Dieu.

Notre part

Notre part se joue dans un triple Amour en réponse à l’Amour divin premier.

Première étape : aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces. Cela peut sembler impossible, mais c’est en fait très facile quand on a pris conscience de l’infini de l’Amour divin inconditionnel.

Autrement dit, nous n’avons pas à mériter un tel Amour divin. L’aimer en retour est simplement une sorte de respiration de notre part. Une respiration qui se confond avec une aspiration et qui devient l’inspiration de toute notre vie.

La seconde étape de notre réponse se confond avec la troisième : aimer son prochain comme soi-même. S’aimer soi-même, c’est en fait reconnaître la merveille qui est en soi : l’habitation divine, rien de moins. Et cette habitation divine est triplement amoureuse. Le reconnaître nous propulse vers l’autre, notre frère, enfant de Dieu tout comme nous.

Conclusion

Telle est la spécificité de la spiritualité chrétienne : elle proclame que nous sommes appelés à nous diviniser de plus en plus, non pas par nos seules forces, mais grâce à l’Amour divin, début et fin de tout, comme le clarifie si bien Teilhard de Chardin dans son livre « Le phénomène humain » complété par « Le milieu divin ». En fait les deux sont une seule et même chose. Et elle s’appelle Amour.