La belle histoire d’une crèche amérindienne « Iesous Ahatonhia! »

Pour un québécois, l’évocation de Noël et de la crèche peut emprunter de nombreux chemins. J’ai retenu celui de l’histoire mais aussi celui d’un chant amérindien et d’une artiste autochtone. La réalité de ce qu’on appelle les premières nations, est une de nos richesses patrimoniales, ce qui nous permet de présenter une crèche peu banale.

Au temps de la Nouvelle-France

À l’époque où le vent du colonialisme souffle de l’Europe vers l’ouest, l’Évangile traverse l’océan et s’implante au Canada français qui s’appelle alors la Nouvelle France.

Samuel de Champlain y fonde Québec en 1608. Homme profondément religieux, il amène avec lui des missionnaires. Par leur intermédiaire, les traditions chrétiennes sont importées en Amérique du Nord. Celles qui entourent la naissance du Christ sont du nombre.

C’est ainsi qu’à Québec, au 17e siècle, on célèbre Noël avec solennité. Déjà les Ursulines fabriquent des « petits Jésus de cire » pour l’église paroissiale et les crèches domestiques. Pendant ce temps, à leur manière, il en est de même dans la lointaine mission de la Baie Georgienne au nord de l’Ontario. Les Hurons font la fête en chantant Iesous Ahatonhia, un texte mis en musique sur un air populaire français.

Jean de Brébeuf

C’est le missionnaire jésuite Jean de Brébeuf qui l’écrit vraisemblablement autour des années 1640. Il le destine aux Wandats que les Français appellent Hurons parce que leur chevelure relevée ressemblait à la hure des sangliers.

Brébeuf, fin pédagogue, se sert du chant pour raconter et faire mémoriser le récit de la naissance de Jésus. La technique est simple.

Utilisant la langue huronne, il place des paroles pieuses sur un air connu comme beaucoup de Noëls apportés de France.

Chrétiens prenez courage, Jésus Sauveur est né, Oyez cette nouvelle, dont un ange est porteur : Jésus est né !

Et le chant raconte la nuit, l’étoile, les Mages, l’enfant, le pauvre petit berceau…

Jesous Ahatonhia

En dialecte wandat, « Jésus est né » se dit : Iesous Ahatonhia!

C’est sous ce vocable que le chant du père Brébeuf, à la fois conte et récit évangélique, s’est transmis oralement dans les diverses nations autochtones.

Depuis on raconte qu’un petit enfant est né dans une pauvre cabane d’écorce au milieu de la forêt toute blanche de neige, un petit qui allait devenir un grand Manitou bien au-delà de la grande étendue d’eau salée. Son père est chasseur et sa mère revêtue d’une robe en peau de chevreuil l’entourent de beaucoup de tendresse.

Un récit devenu légendaire

Le chant du père Brébeuf et sa belle histoire se sont perpétués chez les Amérindiens, même non chrétiens. On se la raconte de génération en génération n’oubliant pas que « Robe Noire » (Jean de Brébeuf) la tenait de son chef…

C’était la lune des mois d’hiver lorsque les oiseaux s’étaient envolés.

Le grand Manitou avait envoyé des anges pour les remplacer et avant que les étoiles perdent leur lumière des chasseurs errants avaient entendu chanter :

Iesous Ahatonhia, Jésus votre roi est né.

Des santons amérindiens

Et voilà qu’une artiste autochtone du nom de Keena Karohnia Whata, familière du chant et du conte de la nativité précieusement conservés et transmis par ses ancêtres, est rejointe par une autre tradition venue elle aussi de France et plus particulièrement de Provence.

Cette tradition est celle des santons. Ces petits « saints » d’argile (santoun en provençal), à la manière d’une narration, donnent de voir et de communier au mystère de Noël.

Keena est née à Montréal en février 1949 de parents Micmacs et Mohawks. Après s’être initiée aux arts en Ontario et au Québec, elle se rend dans diverses tribus amérindiennes de l’ouest des États-Unis et du Canada. Elle y étudie les rituels, la culture et les costumes traditionnels.

De retour au Québec au début des années 70, elle s’adonne à la céramique et utilise l’argile vernissée pour traduire sa culture, ses traditions et, avec bonheur, le récit de la Nativité. À la mode provençale, elle façonne des santons amérindiens.

Keena est décédée le 11 janvier 1995 ce qui rend encore plus précieuses les grandes et petites crèches qu’elle nous a laissées. Sous ses doigts, Joseph est devenu un brave chasseur et Marie une maman Huronne aux tresses noires.

Ils sont amoureusement émerveillés devant leur petit, un soir de pleine lune… nous disant la joie de Noël.

Aha yaunna torrehntehn yataun
Iesous Ahatonhia…

Suivons ses pas, son amour nous convie,
Jésus est né !